DÉMISSION DE CHALLEMEI.-LACOUR
appréhensions, venait s'ajouter les déceptions de la signature de Tarmistice, lorsque Cliallemel adressa à Gambelta une dépèche aussi injuste pour lui-même que pour ses administrés, méconnaissant à hi fois le patriotisme des Lyonnais elles résultatsohtenus par ses propres eiïorts.
4 Icvrier 18*1.
Prt'fet Lj/on à Gamhetta. Guerre
L'armistice pouvant èlre rompu d'un moment à l'autre, je dois vous prévenir que l'ennemi, s'il marche sur Lyon, trouvera une ville sans troupes, sans provisions, sans courage. Nous n'avons pour nous défendre que six cents marins, dont la moitié sont malades, et une poignée de réjniblicains des faubourgs; je serai avec eux, s'ils ne m'ég'orgent pas avant, intention qu'ils manifestent tous les jours. Nous passons d'alerte en alerte; m.ais mieux vaut l'invasion jusqu'à Marseille que de signer notre sentence de mort.
C'était là du mauvaisChallemel; du Challemel aux emportements et aux défaillances duquel, en face de l'émeule, j'avais assisté le ^Snovembre, du Challemel qui inscrivait en marge du rapport
du maire de Vénissieux rannolation restée célèbre, sans en calculer la portée; du Challemel féminin, en proie à ses ncifs.
11 a reconnu lui-même devant l'Assemblée nationale, dans la séance du T' février 1873, l'injuste sévérité de ces appréciations:
Cette dépêche, a-t-il dit, a clé éci-ite le 4 février, lorsque l'armée de TKst était détruite... Le jour où était écrite cette dépêche, sous une impression sombre, je demandais trop à la population lyonnaise. Il se peut que j'aie découvert ce jour-là des signes de découragement que je n'avais jamais découverts chez personne à Lyon, et c'est alors que j'ai écrit cette dépèche, de laquelle je m'empresse de retirer ici loyalement tout ce qu'elle pourrait renfermer d'injurieux pour qui que ce soit parmi mes anciens administrés.
Le 5 février 1871, sur la place Bellecour, au milieu d'une population accourue de tous les quartiers de la ville, eut lieu la remise solennelle, aux trois légions d'Alsace-et-Lorraine, des drapeaux offerts |)ar les dames du « Comité de formation ».
Ces drapeaux portaient la devise : « Vaincre
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et rester Français. » En recevant celui qui était destiné à sa légion, le colonel Millet s'écria :
Nous les rapporterons victorieux !
— Nous le jurons ! répondirent tous les officiers, dans un élan unanime, en agitant leurs épées.
Ces explosions de dévouement à la patrie et de confiance dans le maintien de son intégrité secouèrent profondément l'àme de la foule, et l'émotion des assistants se manifesta par les cris répétés : '< Vive l'Alsace ! Vive la Lorraine! Vive la France ! »
Le préfet et le général commandant la division passèrent devant le front des troupes, suivis des conseillers municipaux qui paradaient sous leurs écharpes rouges, frangées d'or, brodées aux armes de la ville.
Après la revue, Challemel adressa la parole aux officiers qui formèrent le cercle autour de lui. Avec cette hauteur d'éloquence où il savait atteindre quand il était en pleine possession de lui-même, il félicitales Alsaciens et les Lorrains de leur patriotisme et leur fit entrevoir, dans
-lOi LA COMMUNE A LYON EN IcSTO ET 1871
la patrie libérée, la récompense de leur courage et de leurs sacrifices. En terminant son allocution, il leur annonça qu'il allait quitter la préfecture du Rhône.
Le 29 janvier, en effet, il avait envoyé à Gambetta les dépêches suivantes:
29 janvier. 3 h. 45.
Préfet Lyon à Gambetta. Guerre
Mox CHER Ami,
Je donne ma démission. Il ne me reste plus que cela à faire. C'est un eno'ag-ement que j'ai pris et qui est irrévocable. Qu'on travaille à la paix ou que la révolution commence, je ne puis plus être utile au poste où je suis.
29 janvier, "h. \o.
Préfet Lyon à Gambetta. Guerre
... Je ne puis plus vous être d'aucune utilité à Lyon. Je n'y servirai pas la politique de capitulation. D'autre part, j'ai amassé contre moi trop d'hostilités dans tous les partis pour servir utilement la politique de révolution. Je ne saurai tirer de ce pays ni un homme ni un écude plus, l'nliommo nouveau, même inconnu, réussira