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LA CROIX-ROUSSE DÉMOLIT SES BARRICADES

les canons des forls. j'avais jugé superflu et |)eut-être indiscret tout autre avertissement.

Dans tous les quartiers autres que la Guillotière, les élections du 30 avril s'étaient passées régulièrement. Cependant à la Croix-Rousse, quoique les électeurs n'eussent pas été empêchés de voter, il y avait eu des désordres. Les insurgés avaient occupé la mairie après le dépouillement du scrutin. Le nouveau commandant de la garde nationale, le général Bourras, qui s'y trouvait, avait failli rester leur prisonnier et n'avait du son salut qu'à la vitesse de son cheval.

Deux barricades s'élevaient dans la Grande- Hiie, plus solides que celles de la Guillotière, parce qu'elles avaient été construites avec moins de hâte. Elles étaient faites de pavés, de barriques et de sacs remplis de terre.

Je montai à la Croix-Rousse ; l'opinion était surexcitée ; on parlait avec colère « du massacre de la Guillotière »; mais, la leçon de la veille aidant, personne ne prenait les armes, et les barricades étaient délaissées.

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Je fis appel au bon sens el à l'intérêt des boutiquiers du voisinage ; ils remirent euxmêmes les pavés en place : Tordre et la circulation furent rétablis sans autre intervention.

CHAPIÏUi: XXXI

VERS LA PAIX CIVILE. — LE DESARMEMENT DE LA GARDE NATIONALE. — LE SAPEUR -POMPIER DE L'HOTEL DE VILLE

L'échec de rinsiirreclion lyonnaise eut un retenlissement salutaire dans les villes du Midi.

Ce fut la fin des tentatives de soulèvement dans toute cette région.

A Lyon même, dès le lendemain delà répression, il nous fut possible de procéder au désarmement partiel de la garde nationale.

Le préfet prit un arrêté aux termes duquel, « considérant que les 19^ 20% 21% 22' bataillons s'étaient rendus complices de l'insurrection par l'inaction des uns, par la présence des autres dans les rangs de l'émeute », il déclarait ces bataillons dissous ; donnait aux gardes nationaux qui en faisaient partie, un délai de quarante-huit heures pour déposer leurs armes à la mairie; les menaçait de l'application des

lois, si, passé ce délai, ils étaient trouvés porteurs d'armes de guerre.

Quelques jours après, il prenait un nouvel arrêté contre un autre bataillon, des rangs duquel étaient partis des cris do « \ ive la Conimune! »

Le désarmement se (U sansdifficullés. iV vrai dire, quand les piemiers gardes nationaux, le fusil sur l'épaule, lamine confuse, descendirent dans la rue pour oljcir aux injonctions préfectorales, les femmes de leurs quartiers, la rage dans le cœur, les insultèrent et, leur mettant le poing près du visage, leur adressèrent les épithètes habituelles de « lâches et de feignants » . Mais l'exemple fut sui\i; ceux qui ne se décidaient pas à poi'ter eux-mêmes leurs armes à la mairie, en chargeaient leurs enfants cl, pendant deux jours, on vit dans les rues des garçonnets et des fillettes traîner sur le pavé des fusils trop lourds pourtours petites épaules.

De rigoureuses perquisitions complétèrent l'œuvre des restitutions volontaires. On trouva jusqu'à trois et quatre fusils entre les mains d'un même garde national qui les détenaient

DÉSARMEMEiNT DE LA GAI{I)E NATlONAUil ^81

(lepLiis le 4 scptemiji'c, alors que nous manquions (rarmes pour nos soldats.

La perpcMuelle iiisccni'iié où nous nous agilions depuis Iniil mois, (Mail favorisée par celle circonslance que tous les bataillons de la garde nationale faisant à tour de rôle le service de riiôtel de ville, les cons[)iraleurs n'avaient qu'à choisir pour le succès d'une surprise, le jour où ils savaient qu'ils ne rencontrei'aient que des complices parmi les préposés à la garde du préfet.

A partir du moment où les hommes d'ordre furent en majorité dans les seuls bataillons qui eussent conservé leurs armes, la ville put s'endormir sans crainte d'une révolution pour le lendemain.

Les dernières appréhensions de troubles civils disparurent tout à fait quand la loi du 25 août eut supprimé la garde nationale dans toutes les communes de France.

Cette institution, qui s'était montrée également impuissante dans ses manifestations contraires, soit pour rétablir l'ordre, soit pour ren-

verser les pouvoirs établis, commençail h fatiguer, par le temps perdu pour un service inutile, les citoyens désireux de reprendre une vie normale et un travail régulier. Cependant le préjugé qui lavait rendue populaire, la croyance que son existence était liée à celle de la République, qu'elle était la garantie nécessaire de Tétat démocratique, le goût enfin, que prend le peuple, comme les enfants, à jouer au soldat, firent craindre l'irritation qu'allait soulever la suppression de la garde nationale.

La municipalité se préoccupa de jeter un manteau sur la nouvelle blessure faite à la démocratie et le palliatif qu'elle imagina fut de remplace!' le garde national de faction à l'entrée de riiôtel de ville, non par une sentinelle empruntée à l'armée, dont l'uniforme eût rappelé le temps de l'Empire, mais par un sapeurpompier, soldat municipal.

Le pompier de l'hôtel de ville égaya la réaction aux dépens de Barodet, qui en revendiqua la paternité ; mais sa tunique bleue, ses grenades enflammées brodées sur le velours du collet.

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