CHAPITRE lll
LA BANDE DE LA RUE LUIZERNE. — POLICE ET PIQUAGE D'ONCE. — LES ARRESTATIONS ARBITRAIRES. — L'ENVAHISSEMENT DES COUVENTS.
A côté du Comité de Salut public, une bande conaposée, suivant l'expression de Challemel- Lacour, « de ce qu'il y a de pire dans le mauvais », se proclama « Comité de Sûreté générale » et s'empara de l'hôtel de police, où elle rencontra et fît prisonniers le commissaire spécial Jacomet et ses agents. Elle avait pour chef Timon, ancien conseiller d'arrondissement, récemment déclaré en état de faillite, poursuivi sous l'inculpation de « piquage d'once' », d'ailleurs acquitté par la Cour d'assises du Rhône en novembre 1868 ; mais repris et condamné plus tard à trois ans de prison pour vol de soieries sur un camion dans la rue.
Cesgensquidétestaientla police, — ayant pour
1. Piquar/e (ronce, soustraction frauduleuse de soie, variété du délit d'abus de confiance, spéciale aux fai)rii(ues de Lyon et de Saint-Etienne.
cela de vieilles rancunes et de bonnes raisons, — s'em}3ressaient d'en assumer la fonction.
Retranchés dans l'étroit boyau de la rue Luizerne, défendus par une garde prête à toutes les violences, ils s'imposaient par l'intimidation au Comité de Salut public, et ne consentirent à déguerpir qu'à prix d'argent, lorsque plus tard l'ordre fut tant bien que mal rétabli.
C'est par ce Comité de Sûreté générale et par ses séides que furent commis dès la première heure les plus graves attentats contre la liberté individuelle, à la responsabilité desquels n'échappe pas d'ailleurs le Comité de Salut public, car ce Comité maintint, quand il ne les ordonna pas, les arrestations arbitraires ^
L 11 résulte de l'examen des registres de la prison que quatrevingt-huit arrestations ont été faites par l'ordre de Timon. Il faut signaler aussi larrestation de MM. Bonnet et Gaubin, en vertu d'un ordre signé Ghaverot, dont j'ai conservé la copie ; <.< Ordre au Comité des intérêts publics, en la personne du citoyen Baudy, secrétaire général, de faire arrêter immédiatement le sieur Bonnet, inspecteur en chef de la voirie municipale de Lyon, ainsi (jue le sieur Gaubin, tous deux organisateurs de corps non autorisés, et disposés à agir illégalement.
Lyon, le 14 septembre 1870.
Pour le Comité de Salut public,
L'un des Précidents :
« Signé : Ghaverot ».