INTRODUCTION
Longtemps négligées et même souvent ignorées de l'opinion publique, les colonies françaises jouissent depuis la guerre d’une vogue jusqu'alors inconnue. Le grand public est désormais habitué aux questions coloniales : ce ne sont que conférences, articles ou revues exposant ou bien des questions économiques comme la mise en valeur de notre empire d’outre mer, ou bien des questions politiques comme le problème de la supériorité de la race blanche, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, etc. Et parmi ces possessions lointaines, il en est une qui doit attirer et attire particulièrement l’attention de la France, parce que vaste, peuplée et riche elle représente le plus beau fleuron de notre couronne coloniale, parce que proche de la Chine et sur les bords du Pacifique
elle est appelée à jouer un rôle primordial en Ex-
trême-Orient, nous avons nommé l’Indochine.
Il est donc naturel de traiter un sujet colonial et plus spécialement un sujet Indochinois. Mais quel rapport entre ces problèmes économiques et politiques si complexes et si vastes qu’ils dépassent l’intérêt de la France seule, et cette question adminis-
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trative aussi peu importante que celle de la commune annamite. Au premier abord il semble qu’il y ait une gageure à vouloir expliquer ou même suggérer que ceci puisse éclaircir cela. Pourtant, à mesure qu’on approfondit la question, on s’aperçoit aisément du rapprochement de ces deux idées primitivement différentes. Si l’étude de la commune annamite ne suffit pas à elle seule à expliquer notre politique indochinoïse — ce qui serait par trop osé —-, elle en offre un aperçu saisissant; c’est une clarté douce qui suffit à faire deviner les couleurs du tableau. Grâce en effet à sa formation et à son organisation toute particulière, grâce à son rôle politique et social, la municipalité annamite permet de nous révéler l’Indochinois, de comprendre ses aspirations et ses besoins. C’est dans cette petite patrie que nous pouvons saisir réellement l’indigène sur le vif, le sentir vivre sans contrainte et se laisser docilement examiner.
L'histoire de la commune annamite, l’évolution progressive de son administration, depuis sa formation jusqu’à nos jours, permettent à nos jeunes fonctionnaires de comprendre l’organisation de la commune indochinoïise contemporaine. Il faut, pour saisir notre manière d’agir envers les indigènes, se rappeler qu’au point de vue politique, l’organisation administrative et sociale du peuple annamite reposait sur l'institution de la commune, organe indépendant, autonome, cellule vitale de son existence publique. La direction des affaires publiques d’ordre général, les rapports de la Nation avec les pays étrangers étaient du ressort exclusif du souverain et de ses re-