LE NEC
présentants, le peuple avait le: droit pour ne pas
dire le devoir de s’en désintéresser. C’est dire que si l’Annamite est passionnément attaché à sa terre natale, son amour du pays est étroitement régional; c’est dire aussi qu’on ne trouve pas, au moins dans les masses populaires, de patriotisme exalté qu’il ne faut pas confondre avec le sentiment plus ou moins conscient de la race. Il ne faut pas oublier qu’enfin, lors de la conquête de l’Indochine par les troupes françaises, les autorités annamites, pour entraver notre action, détruisirent tout ce qui aurait pu faciliter notre administration : les archives, les registres de la propriété foncière, les rôles d’impôts. Les mandarins annamites abandonnèrent leur poste et firent le « vide » devant nous, principalement en Cochinchine. Les provinces, privées de leurs administrateurs, n’allaient pas tarder à tomber dans l’anarchie. Nous ne trouvions personne pour faire respecter notre autorité dans les cellules vitales de l’admiaistration indigène; le peuple était incapable de se sortir lui-même de ce marasme, les lettrés, seuls aptes à pouvoir nous seconder, nous fuyaient. Notre. administration réclamait impérieusement des chefs indigènes, les Français en effet ne pouvaient songer à s’immiscer dans la politique intérieure des Annamites, d’une autre race, d’une autre langue et d’un esprit si différent du nôtre. Il fallait agir et agir vite, aussi nous fûmes amenés à créer de nouveaux fonctionnaires, sans doute plus ou moins instruits et d’une moralité asez lâche, bien différents des anciens lettrés au pouvoir avant notre arrivée. Cette nouvelle classe de fonctionnaire nous rendait de précieux ser-