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en indulgence les abus afin d'employer leur influence. Pour obtenir une balance juste entre les administrateurs de la commune et les administrés, il faut voir plus clair dans les affaires intérieures de la commune, faut y mettre. de l’ordre, il faut pouvoir contrôler d’une manière suivie et c’est justement ce qu’il est possible de faire désormais grâce à la réforme communale de 1927. Si dans la commune existe une organisation tout à fait remarquable, le coutumier, il est indispensable de voir ce qu’il y a derrière cette façade; avant de faire respecter ses règles il faut les connaître et être assuré qu’elles seront respectées, il faut pouvoir regarder librement les affaires du village. Or tout se traduit par la notion de responsabilité et de charges fiscales.
La notion de responsabilité se dégage assez mal de la pratique journalière des notables, car si nous connaissons en gros les attributions des notables, nous ignorons parfois les détails. Il est possible donc que tel groupe de la commune soit le plus influent des autres groupes du village et qu’il traite toutes les affaires à son profit. Aussi en proportionnant le nombre des représentants des familles et des clans au nombre des individus aboutit-on à un partage plus équitable d’influence, les chances de tyrannie sont amoindries sinon supprimées. En attribuant à tel membre du conseil administratif une fonction strictement limitée, on limite les responsabilités; en soumettant l’administration et le budget de la commune à un contrôle minutieux et continu on évite plus facilement la concussion, on apprend à l’indigène à ne plus la favoriser. Et ainsi, sans toucher à son orga-
nisation propre vitale qu'on se contente d'améliorer, la commune a désormais une administration beaucoup plus juste.
L'établissement d’un budget régulier favorise également l’organisation communale. L’assistance dont la notion existait déjà peut être mieux organisée, les œuvres d'assistance trouvant en effet dans la commune des ressources beaucoup plus facilement que dans l'impôt d'Etat que l’incidence peut rendre défectueux : plus le cadre est grand, plus il est difficile de rendre l’incidence prévisible, le cadre restreint | de la commune permet au contraire de mieux prévoir les répercussions des mesures fiscales. Les impôts rendent également mieux; l’indigène supporte plus facilement les charges dont il voit l’utilité immédiate, telle la construction d’une route, d’un canal ou d’une digue sur le territoire de sa commune que les charges perçues au profit de PEtat et dont il voit plus ou moins bien l'utilité. De même en matière d'enseignement le village se rend mieux compte de la taxe dont il est frappé pour rétribuer l’instituteur de la commune que celle qu’il fournit au maître placé au chef-lieu du canton ou de la province.
Ainsi nous voyons qu’il est nécessaire de développer l’éducation civique des Annamites, fondement de toute liberté civique. Ces réformes communales constituent le début de l’éducation civique de l’indigène; il faut savoir se servir du droit de vote comme il faut savoir aussi les charges qui y sont attachées, il faut aussi que indigène voit plus loin que la sphère de sa commune et qu’il comprenne ce qu’est
la notion de patrie. L’Annamite n’a pas la notion de
patrie comme l’Européen, si certains ont prétendu que l’indigène ressemblait à ce point de vue à l’occidental, c’est qu’ils confondaient le sentiment de la patrie avec l'instinct de la race. Or, cette éducation civique se fait beaucoup mieux dans le cadre de la commune, car l’'Annamite voit là ce qu’il doit faire ou ne pas faïre. Quand cette éducation sera terminée dans la commune on pourra élargir le champ d'expériences au dehors, on pourra élaguer la haie de bambou du village et y ouvrir de larges ouvertures. Mais il convient de n’aller que lentement et progressivement sous peine de s’exposer à de graves ennuis et de fausser complètement et le but proposé et l'âme elle-même du peuple annamite. Les réformes communales prises par le Protectorat pour améliorer l’administration des villages et la rendre beaucoup plus juste et conforme à nos idées civilisatrices, ont été faites à l’instigation d’une élite indigène. Mais la masse du peuple, si elle désirait des réformes, n’en avait encore qu'un besoin obscur et comprend plus ou moins les bienfaits apportés. Il ne faudrait pas brusquer ces aspirations réelles mais encore inconscientes et latentes car on verrait alors les indigènes complètement déroutés, exiger plus qu’il n’est utile et apporter un désordre inextricable pour se servir d'organismes dont la compréhension leur échapperait. Aux Annamites qui demandent une lueur douce il ne faut pas apporter la clarté aveuglante d’un phare. |
La France, en améliorant le sort de l’indigène tant au point de vue matériel que social, travaille en même temps pour elle, l'Annamite voit les bienfaits
apportés et s’attache au Protectorat. Le fait d’assu- . rer le maximum d'égalité dans la commune rend le plus grand honneur à la France et lui est essentiellement profitable. C’est en effet dans la commune que nous trouvons le maximum de sagesse politique; le calme des propriétaires ruraux s'oppose à l’imprudence des jeunes Annamites pressés d’innover, imbus de science occidentale mal digérée, soumis à une nouvelle et perfide propagande : le communisme. En France comme en Indochine, c’est le paysan, c’est le village rural qui est notre meilleur agent pour combattre le ferment soviétique. Le Protectorat a fait des efforts généreux et il est prêt encore à en faire, il s’occupe d’abord de la commune, cellule élémentaire mais vitale de l’organisme annamite, pour s’élever graduellement jusqu’à l'Etat tout entier. La France entreprend et réussit progressivement à adapter tout un peuple, déjà civilisé de longue date, à une administration moderne, à des idées humanitaires et à lui faire prendre conscience et de sa personnalité et aussi de ses devoirs.
Vu : le Doyen,
H. BERTHÉLEMY.
Vu,
le 18 Octobre 1929.
Le Président de Thèse, René MAUNIER.
| Vu et permis d'imprimer, Le Recteur de l'Académie de Paris, S. CHARLÉTY.
PEN D Ter Rad Les