‹ La Compagnie d'OstendeChapitre 1 sur 21 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

En ces temps décisifs^ où la Belgique s'essaie à démêler, au milieu des débris de sa triste politiquaille de gohergement villageois, s'il nest pas dans VHistoire et V Humanité, pour une nation, de fin plus haute que la sensualité municipale, il est utile que nous considérions notre figure au miroir historique, ne fûtce que pour y retrouver V image de nos défauts. Peut-être, projetés à deux siècles en arrière, en apercevrons-nous plus aisément V action perfide.

L'histoire de la Compagnie d'Ostende est exemplaire à cet égard.

Alors, comme aujourd'hui, nous formions un amalgame de jalousies communières dont les vitalités s'épuisaient en convulsions intestines, parce que, faute d'une participation suffisante à la vivifiante ambition des aventures maritimes, nous demeurions nez à nez, dans une claustration étiolante et énervante. On a beaucoup méprisé notre sommeil de Belle au

bois dormant sous le mancenillier de la Maison d^ Autriche. Mais on peut se demander si lacomparaison tournerait entièrement à V avantage des Belges d'aujourd'hui. En ce temps-là., le traité de Munster avait totalement fermé V Escaut^ qui., de nos jours, s'il n^ est pas libre ^ est au moins entr ouvert à notre navigation. Pour s'évader de cette prison^ créer de toutes pièces une grande entreprise d' outre-mer ^ et la faire prodigieusement s' épanouir en prospérité^ il faut supposer des capacités^ une énergie., et un sentiment national d'une intensité au moins égale à ce que nous avons fait au siècle suivant sous Léopold II. En d'autres termes^ l'histoire de la Compagnie d'Ostende attestequ au XVIII^ siècle^ nous étions capables de faire grandir une entreprise maritime, et que nos vertus nous eussent conduits au succès — n'étaient les ambitions et les combinaisons diplomatiques des grands Etats voisins, et de nos concurrents hollandais.

Ce témoignage de l'histoire n'est-il pas, à l'heure présente., d'une toujours jeune actualité? Les seigneurs Etats généraux desPays-Bas du Nord ont-ils cessé de nous considérer comme des rebelles? Leur action inter-alliée dà pré-

sent ne ressemble-t-elle pas singulièrement aux manœuvres qui préludèrent au traité de la Haye de 1132, c est-à-dire à la mort de la Compagnie d'Ostende? Et quant au président Wilson, il ne s agit point de le comparer à Charles VI d'Autriche^ mais tout de même il y a quelque analogie entre une Pragmatique sanction dont les Hollandais firent payer chèrement^ à nos dépens^ la ratification^ fallacieuse du reste ^ et unprojet de Ligue des Nations où le grand idéaliste américain ferait payer V adhésion de certains neutres par ceux-là même qui, en portant tout le poids de la guerre^ les ont sauvés de la ruine et de la destruction.

On le voit, ces vieilles choses portent en elles, tout un renouveau de Jeunesse pour ceux dont les yeux clairs et perspicaces pénètrent les apparences surannées. L'histoire de notre pays serait prodigieusement féconde pour nous, si les Belges se décidaient enfin à la connaître et à la cultiver.

Quelle foie de constater un effort junévile

comme celui de Jacques Crokaert, dont la foi^

le zèle et la clarté ne peuvent manquer de se

transmettre au lecteur et d'en faire un utile

prosélyte !

Léon HENNEBICQ

Page 1