‹ La Compagnie d'OstendeChapitre 10 sur 21 · Guicciardini avait tellement été émerveillé par l'ani · texte numérisé non relu

Guicciardini avait tellement été émerveillé par l'ani

contenu dans ses murs près de 200.000 âmes, ne comptait plus guère que 60.000 habitants. Saint- Malo qui, vers la même époque, grâce à ses corsaires et à ses navigateurs, jouait un rôle important dans le commerce maritime, n'était ni si bien situé, ni si sûr. Quant à Lorient qui, comme siège des Compagnies Françaises des Indes Orientales et Occidentales, devait avoir une destinée analogue à celle d'Ostende, il comptait à peine 6.000 habitants en 1708, et ne se trouvait pas placé, comme Ostende, au débouché d'une région aussi industrielle que nos provinces.

Au cours des siècles, Ostende, le petit hameau de pêcheurs dont parle déjà une charte du ix*' siècle, s'était bien transformé K Bâti tout d'abord à l'extrémité d'une sorte de digue naturelle, assez comparable au Lido qui protège la lagune de Venise, — d'où son nom : Ostende-ter-streep, la pointe orientale de la bande, comme Westende, la pointe

mation et Timportance commerciale d'Anvers qu'il écrivait, en 1568, à un ami qu'il avait laissé à Florence, en lui citant le chiffre de la population de la ville et en lui décrivant le mouvement du port : « Paris excepté, à peine trouverezvous cité en deçà des monts qui la surpasse en puissance et richesse. » Cf. Hymans et Donnet, Anvers, op. cit., p. 7- 1. Cf. Antoine Belpaire, Notice historique sur la ville et le port d'Ostende.

occidentale et Middelkerke , l'église du milieu — Ostende, malgré les raz-de-marée qui la détruisait périodiquement, ne tarda pas à devenir un centre de pêche important. Grâce à une préparation spéciale du hareng, son commerce grandit chaque jour, — ce qui d'ailleurs ne laissa pas de soulever la jalousie de Nieuport, de Damme et de l'Ecluse.

Mais alors même que ses harengs « caques » lui acquéraient une réputation européenne, Ostende ne possédait pas le moindre port ; comme le font de nos jours encore les pécheurs de La Panne et de Knocke, ceux d'Ostende échouaient leurs barques sur le sable de la grève.

Mais, en 1395, après avoir beaucoup souffert par les « fortunes, orrages et jnundations des eaues de la mer », la ville — le titre de cité lui avait été octroyé en 1267 — dut se retirer à l'abri de la digue du Franc, qui était construite un peu en deçà. Là, en 1445, Philippe le Bon permit aux Ostendais de se creuser un port ; ses installations étaient encore peu vastes : un bassin situé à peu près à l'emplacement du Kursaal actuel.

Il fallut les malheurs du grand siège de 1601 pour doter Ostende d'un port plus profond et mieux abrité. Ostende ayant pris parti pour les Provinces-Unies, l'archiduc Albert vint, le 5 juillet, mettre le siège devant la ville. Sentant l'importance que pourrait avoir entre ses mains le seul port du littoral belge, la Taciturne l'avait fortifié avec un soin extrême. Ostende fut défendu

avec acharnement, et ce ne fut point trop de toute la valeur du grand général Ambrogio Spinola pour achever heureusement ce siège mémorable.

Le cardinal Bentivoglio lui a consacré une de ses pages les plus mouvementées : « Il fallut, écrit-il, plus de trois ans pour le mener à sa fin, et le dernier jour qu'Ostende tint contre Fennemi, il étoit presque plus incertain si Spinola la prendroit que le premier jour, et personne n'osoit prédire de quel côté la victoire se tourneroit. Les assiégés ne manquèrent jamais d'être secourus par mer et les assiégeans ne cessèrent jamais d'avancer du côté de la terre. On éleva une quantité de batteries, on donna des assauts sans nombre. On travailla plus sous terre que dessus, tant on creusa de mines et tant on mit d'obstination à en creuser. On inventa de nouvelles machines à qui il fallut donner de nouveaux noms... Les Espagnols se virent maîtres, enfin, d'un morceau de terre qui passoit plutôt pour un cimetière que pour une ville ^ ».

Ce fut pourtant à ce désastre que les Ostendais durent d'avoir connu, dans la suite, des jours prospères, glorieux presque. De ce siège date, en effet,

1. Cardinal Bentivoglio, Histoire de la guerre en Flandre, livre III, p. 152. Il nous serait aisé — comme on peut s'en rendre compte par la lecture de ce seul passage — de montrer l'analogie qui existe entre le siège d'Ostende de 1601 et la guerre actuelle, si ce sujet rentrait dans le cadre de cette courte étude.

le port actuel d'Ostende. Afin d'enlever aux Espagnols la seule voie dont ils pussent disposer pour attaquer la ville, les Hollandais firent raser les dunes de l'Est. La mer se précipita par l'ouverture qui lui était ainsi ménagée, inonda la plaine aux fortes marées d'équinoxe jusqu'à Oudenbourg, Zandvoorde, Leffînghe et Snaeskerke, et forma une vaste crique intérieure dont les chasses approndissaient l'ouverture. Aussi, quand le siège fut terminé on abandonna l'ancien havre et le chenal de l'Est devint le nouveau port d^Ostende K

Le chenal, qui reliait la crique à la mer, avait alors vingt-huit pieds de profondeur. Il ne tarda pas, sous l'action des chasses, à devenir bien plus profond, et, dès 1612, on crut devoir l'endiguer de manière à réduire le volume d'eau qui pénétrait k chaque marée dans la crique. Les résultats furent déplorables et, en 1627, on rouvrit le polder de Zandvoorde. Après l'avoir refermé, on lé rouvrit une seconde fois et, en 1698, on avait 13 m. 75 de fond dans le port à marée basse. C'était trop

1. R. Blanchard, op. cit., p. 240. On trouve une carte d'Ostende au xviii® siècle où est indiquée la Crique de S7eene, notamment dans la Carie chorographique des Pays- Bas autrichiens (du Comte de Ferraris), publiée en 1779 ; dans Juste, Histoire de Belgique, t. Il, p. 227, on trouve également un plan du siège d'Ostende où l'on voit clairement « l'ancien port ou Gueule Occidentale, aujourd'hui comblé, le port neuf ou Gueule Orientale qui forme l'entrée actuelle du port et les terrains marécageux du sud de la ville où l'on a creusé depuis les bassins (bassin du Commerce, etc. . .) ».

et l'on pouvait craindre des accidents. On referma encore le polder et, en 1708, le port reprenait une profondeur normale de huit pieds à marée basse. Ostende était alors un port d'élection.

Sa situation, elle aussi, semblait la désigner pour devenir le port d'attache d'une flotte de commerce. Reliée, depuis 1663, par un large canal à la ville de Bruges, elle semblait devoir hériter de tous les avantages dont avait joui jadis la Venise du Nord. Gomme celle-ci, Ostende paraissait devoir servir de marché à toute l'Europe.

Un vaste réseau de canaux, tel que bien des ports en voudraient posséder, la mettait en communication rapide avec la Flandre tout entière. Par le canal de Plasschendaele, elle était reliée à Nieuport, Furnes et Dunkerque. Gand, également, dans son désir de trouver une mer libre pour son commerce, avait entrepris, dès 1614, le creusement d'un canal jusqu'à Bruges (prolongé jusqu'à Ostendcj ; mais quoique ce canal ne fût pas encore terminé alors, on pouvait espérer son prompt achèvement 1 ; ce qui eût mis, par l'Escaut, Ostende en communication avec Anvers.

Ne parlait-on pas aussi de reprendre bientôt le projet, élaboré déjà en 1698, par Gharles II d'Espagne, de creuser un large canal qui, partant de

1. L'inertie du g-ouvernement de Charles VI ne put mener à bien le creusement de ce canal ; il fallut Tactivité de Charles de Lorraine pour l'ouvrir au commerce, après 140 ans de travaux, en 1753.

Bruges et traversant le pays de Waes, aurait abouti au Fort-Marie sur l'Escaut, mettant Anvers à courte distance d'Ostende ^ ? Ostende eût pu ainsi attirer vers elle, à la fois, le commerce de Bruges et d'Anvers et rendre peut-être à nos provinces leur éclat d'antan.

On le voit, Ostende, à défaut d'un autre port situé plus à l'intérieur des terres, jouissait de nombreux avantages. Mais, quelque sûr et bien situé qu'il soit, un port ne suffit pas pour créer une marine. Il faut des marins, il faut des navires. Or, les navires, c'était précisément ce qui faisait le plus défaut. Depuis la fermeture de l'Escaut, notre marine était morte ; et c'est à peine si l'on eût pu trouver, sur tout notre littoral, deux ou trois navires dej haut-bord qui pourrissaient dans les bassins d'Ostende ou de Nieuport.

Mais qu'importe, le temps ne manquait pas pour les construire, les matériaux non plus. Nous avions aussi des charpentiers expérimentés dans la construction des navires. Leur réputation était

1. Ce projet revint souvent au cours de noire histoire; vers 1845, notamment, on proposa, une fois encore, le ci'eusement d'un long canal, le Canal des Quinze-Lieues, qui eût relié directement Anvers avec la mer. Cela nous eût permis de nous moquer de la fermeture de FEscaut. Mais ce projet fut abandonné : il était trop coûteux et trop aléatoire ; d'ailleurs la diplomatie fit mieux: en 1863, elle racheta le péage de l'Escaut. Anvers pouvait désormais, semblait-il, respirer à pleins poumons. Cf. Arthur Rolsaert, Histoire de L'Escaut depuis le traité de Munsler, p. 18. Collection : Les Cahiers Belges, Van Oest, édit.

même si bien établie que Golbert, quand il voulut doter la France d'une forte marine de guerre, vint recruter sur notre littoral et en Hollande les contremaîtres qui devaient diriger l'armement de ses vaisseaux de ligne.

Si les navires étaient rares, les marins du moins ne manquaient pas. Nous avons vu, par ailleurs, ce qu'avaient fait au cours des âges ces robustes marins qui vivent tout le long de notre côte, dans le creux des dunes, au bord d'une mer toujours âpre et toujours orageuse, quelle avait été leur audace, leur énergie et leur intrépidité.

Cette race de u Gueux de Mer » n'avait pas dégénéré

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