A. Borgnet, op. cit., p
2. On sait que c'est en 1608, que Grotius (Hughes van Groot) publiait le Marc Liberum pour défendre contre les Anglais le principe de la liberté des mers. Parmi les nombreux ouvrages de jurisprudence, de théologie, d'histoire et de littérature, qu'il publia, le plus connu est le fameux De jure pacis et belîi (1625), véritable code de droit international public, où Grotius combat l'esclavage, étudie les moyens de prévenir et dé réglementer les guerres.
On invoquait, pour exclure la Belgique de la navigation des mers lointaines une prescription de non-usage, comme si la Hollande et l'Angleterre ne s'étaient pas trouvées autrefois dans la même position à l'égard de l'Espagne et du Portugal, qui les avaient devancées d'un siècle.
On faisait revivre le traité de Tordésillas contre l'Espagne pour l'exclure de l'hémisphère oriental et on ne le laissait pas subsister en sa faveur, car elle n'avait plus le monopole de l'hémisphère occidental.
De quel droit surtout pouvait-on interdire à la Belgique la faculté de parcourir les mers, faculté dont jouissaient tous les états maritimes de l'Europe, à une époque surtout où l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, la Hollande, la France, le Danemark même, avaient des colonies ?
Enfin, ce qui prouvait, mieux que toute chose, îa faiblesse de l'argumentation hollandaise, c'était la nécessité d'assimiler les Belges aux Espagnols, comme si les deux pays, quoique soumis au même souverain, n'avaient pas toujours eu une existence distincte.
On conçoit pourtant, à la rigueur, que pendant la domination espagnole, on ait pu confondre les Belges avec les Espagnols. Cette confusion aurait peut-être pu servir à étayer leur thèse aussi longtemps que l'Espagne avait protesté contre la perte de nos provinces. Mais maintenant que les
traités de Vienne avaient définitivement réglé ce litige, rien ne pouvait plus justifier l'emploi de tels procédés.
Une lutte s'engagea donc, très vive de part et d'autre, sur l'interprétation des dispositions indiquées. Des livres, des pamphlets, des mémoires sans nombre furent publiés à la Haye, à Bruxelles et à Cologne, en latin, en français, en flamand et même en allemand. Un trait pourtant leur est commun, c'est leur rédaction diffuse et pénible, comme si le débat n'avait qu'un intérêt médiocre de procédure.
Les défenseurs de la Compagnie belge, dont la cause était si belle, suivent leurs adversaires dans toutes leurs arguties, développant ainsi, hélas I en faveur de la Belgique des arguments qui témoignent combien la dignité nationale s'était atrophiée sous les sceptres étrangers.
Ils insistent, en effet, sur cette considération que la Belgique doit servir de barrière à la Hollande ; que si elle n'a pas de commerce, elle s'appauvrira au point de ne pouvoir ni lui paver ses subsides, ni entretenir convenablement ses forteresses ; que, dès lors, il est de l'intérêt des Etats Généraux de ne point lui interdire le commerce qu'elle ambitionne-
Puis, au risque de paraître peu logiques, ils ajoutent : « Ce commerce, en définitive, à quoi se réduit-il ? Presque rien : au droit d'envoyer, chaque année, deux ou trois navires aux Indes et de se pourvoir des denrées coloniales, nécessaires à la consommation intérieure. »
Ainsi, Ton s'amoindrit le plus qu'on peut, on se crée des titres à une tolérance de dédain, on se fait, en quelque sorte, un bouclier de sa propre humiliation, s'assimilant, suivant le mot de Borgnet, à ces mendiants qui se prévalent de leurs infirmités pour solliciter la commisération publique.
Tant s'était perdue cette fierté nationale qui seule peut faire une grande nation.