‹ La Compagnie d'OstendeChapitre 5 sur 21 · R. Blanchard, La Flandre, p. 508; A. Colin, éd., Paris · texte numérisé non relu

R. Blanchard, La Flandre, p. 508; A. Colin, éd., Paris

Parmi ces populations encore barbares de Germains et de Slaves, les Belges conservèrent leurs coutumes de Flandre et de Brabant. Et ce qui prouve l'importance de ces immigrations belges, c'est la ténacité étonnante avec laquelle quelques axiomes de droits flamands se sont conservés. Dans le Goldene Aue (Prairie d'or, région de l'Elbe moyen), le Jus Flamingicuin ne fut aboli qu'en 1850 et la commune des propriétaires ruraux du droit flamand exista à Bitterfeld jusqu'en 1873.

Les Allemands nous ont donc témoigné de singulière façon leur reconnaissance. Pendant la guerre, pourtant, un Allemand, le professeur D^' Georg Brodnitz, a rappelé*, après l'historien belge de Borchgrave, une foule de faits qui témoignent de l'importance et des résultats de cette immigration.

Puis vint le déclin de Bruges, résultat inévitable de l'ensablement du Zwjn. Ce fut Anvers, qu'un heureux débordement de l'Escaut, au xiii® siècle, avait relié directement avec la mer, qui prit sa place. Bruges, dans sa lutte contre cet ensablement, eût sans doute pu réussir à conjurer le péril. Mais ce qui, plus sûrement que les éléments, ruina la prospérité de Bruges, ce fut l'état stationnaire de ses méthodes commerciales. En présence des transformations du commerce, Bruges resta obstinément fidèle à ses traditions médiévales. Elle ne

1. Dans la revue Der Belfried, n® 4, octobre 1916, cité dans F. Passelecq, La question flamande et V Allemagne, p. 102.

comprit pas que des règlements, si minutieux qu ils soient, ne prévalent pas contre la vie ; bref, elle ne sut pas évoluer suffisamment, se transformer, se « moderniser ^ » .

Aussi, malgré les efforts que l'on fît pour les retenir, les dix-sept fameuses « nations » qui avaient jadis fait sa gloire émigrèrent en masse. Enfin, en 1516, la Hanse transporta le siège de ses affaires à Anvers. Ce fut le coup de grâce. Désormais, enveloppée dans le suaire de son glorieux passé, Bruges vécut à l'écart, de la benoite vie des petites villes flamandes.

Anvers devint bientôt, à son tour,' le marché de Tunivers : elle connut, elle aussi, la splendeur qui, jadis, avait illustré Bruges. Là, comme à Bruges, on rencontrait, au xvi® siècle, des Scandinaves, des Arabes, des Espagnols, des Persans, des Osteriins, des Anglais, des Génois, des Français et des Vénitiens. « Vers iooO, écrit Hénne, le mouvement d'entrée et de sortie du port d'Anvers s'élevait à 300 bâtiments par jour. 11 y avait souvent, dans 1 Escaut, 2.500 navires qui attendaient leur tour de déchargement - ». D'après Guichardin, qui habita la ville pendant plusieurs années, l'importation du port d'Anvers montait, vers 1560, à 15.935.000 écus, soit 31.870.200 florins carolus •^.

1. Cf. H, Pirenne, Les Origines de VÉtat belge, dans la Bévue Belge, n» 1, p. 13.

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