‹ La Compagnie d'OstendeChapitre 4 sur 21 · Bloud et Gay, éditeurs, p. 77 et suiv · texte numérisé non relu

Bloud et Gay, éditeurs, p. 77 et suiv

2. Cette route, fameuse alors dans toute l'Europe, suivait l'itinéraire suivant : elle traversait l'Escaut à Gand, la Deudre à Alost, la Senne à Bruxelles, la Grande Gette à Tirlemont, la Petite Gette à Léau, enfin la Meuse à Maestricht, gagnant, de là, Cologne par Aix-Ja-Chapelle.

tardé à devenir un des plus grands marchés commerciaux de l'univers. « Les passes du Zwyn étaient alors, écrit M. Pirenne, aussi connues des marins que celles des lagunes de Venise, et Ton trouvait sur le « Groote Markt » (Grand-Marché) une animation aussi grande, une foule aussi bigarrée que sur la place Saint-Marc. »

Et dans cette Venise du Nord se rencontraient tous les peuples de la chrétienté : « Là, au témoignage du vieux chroniqueur Chastellain, tenoit tables de marchandizes tout le monde chrestien, et estoient ycelles nacions d'Espaigne, d'Arragon, de la coste de Biscaye et prince de Quispucoa, de Portugal, d'Escosse, Vénissiens, Florentins, Milanois, Genevois (Génois) et habitans de Plaisance, de Lubeck, d'Hambourg, de Dantzig et de Brème», auxquels il faut encore ajouter les Français, les Anglais, les Lusitaniens, les Castillans, les nations de Lombardie et de Navarre.

Une lettre de Marguerite de Flandre ^, concernant les droits de tonlieu sur le Zwyn, nous donne la nomenclature des principaux produits qui, à l'importation et à l'exportation, faisaient le fond du commerce brugeois. C'étaient les vins d'Espagne et de France, les bières anglaises, les laines d'Ecosse, les soieries italiennes et orientales, les toiles, les filés, les attelages de chariot, les mer-

1. Cf. le livre publié par James Weale sur Bruges et ses environs, 2^ édition. Bruges 1879.

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ceries, les épices de toutes sortes, les pelleteries de Hongrie, l'étain anglais, le cuivre rouge de Pologne, et vingt autres produits qu'y amenaient les nefs, les caraques, les caravelles, les galères, les galéasses et les coggcn ^

C'était l'époque où Bruges et Ypres se trouvaient à la tête des quatre-vingt-dix villes de la Hanse. La Flandre était alors la nation maritime du monde, analogue à ce qu'est l'Angleterre aujourd'hui. La réputation des marins belges était si bien établie que le vocabulaire maritime emprunte la plupart de ses termes au flamand. Devons-nous le rappeler ici? C'est à un Belge illustre, Mercator, que l'on doit la première carte hydrologique et le système de projection qui sert de nos jours encore à l'établissement des cartes marines ; quant au premier atlas de géographie, c'est son collaborateur Ortelius qui le composa.

Dès cette époque, les expéditions lointaines ne cessent de se succéder. Les relations entre Damme (l'avant-port de Bruges) et les côtes occidentales

1. Les cof/gen étaient une sorte de bateaux ronds en usage surtout dans la mer du Nord. Ces nefs étaient de grande dimension. Joinville en cite qui portaient plus de mille passagers et d'autres jusqu'à cent chevaux. Ainsi s'explique l'importance des transactions maritimes de l'époque. Ces nefs avaient une bonne marche. On cite une nef vénitienne qui alla d'Angleterre \k Barcelone en quatorze jours, ce qui serait une traversée très acceptable pour un navire à voiles de nos jours et les marins de cette époque ne naviguaient pas mal, puisque saint Louis ne perdit que trois nefs dans son expédition contre Tunis.

— iode France, notamment avec la Saintonge, étaient si fréquentes, au début du xiii^ siècle, que les marins brugeois rapportèrent chez eux les lois d'Oléron. Ces lois^ traduites en flamand et complétées par diverses coutumes locales, prirent le nom de Droit maritime de Damme.

C'est vers la même époque que la mère de Charles le Téméraire, la duchesse Isabeau de Boiirg-ogne, qui avait obtenu du gouvernement portugais la concession des îles Açores, découvertes, en 1449, par Jacques de Bruges, y envoya une colonie flamande sous la direction d'un « poorter » brugeois, nommé Jacob Hurter. De là, le nom d'Iles Flamandes (Ihlas Flamencas) que l'archipel conserva longtemps. On y retrouve bien des traces de cette population flamande : un patois déformé y est encore en usage et les femmes portent la « faille », le manteau à long capuchon dont se parent les paysannes des Flandres.

Plus tard, l'audace de nos hardis marins s'accrut encore. Il s'en trouva même qui se risquèrent sur leurs petites barques jusqu'au Groenland et jusqu'à Terre-Neuve.

Cependant les Belges, que de longues années de guerre avaient ruinés, émigrèrent dans toute l'Europe. Dès le xni® siècle, attirés qu'ils étaient par un alléchant prospectus du roi Edouard d'Angleterre qui leur promettait (^ du bon bœuf et du bon mouton tant qu'ils en pourraient manger », des tisserands d'Ypres et d'ailleurs s'en vont fonder

plusieurs colonies telles que Norwich qui, au XVI® siècle, grâce à des émigrations successives, devait compter plus de 4.000 Belges K Aussi le comté de Norfolk et la ville de Norwich restent-ils, jusqu'à la fin du xviii® siècle, le grand centre de l'industrie de la laine. De nos jours encore, leurs descendants se reconnaissent à de vieilles coutumes, notamment celle de l'élevage des canaris.

Les relations entre Bruges et Londres étaient alors si fréquentes, les marchands de Bruges établis sur les bords de la Tamise formaient une association si importante, qu'un négociant brugeois était spécialement chargé de régler les rapports entre Flamands et Anglais et de diriger cette assoeiation. Il prenait le titre de « comte de la Hanse v, de même que l'association des marchands brugeois s'intitulait la Hanse de Londi^es.

Des artisans v^allons, habiles dans le travail des forges, sont attirés à prix d'or en Suède et en Moscovie pour y implanter les procédés en usage sur les bords de la Meuse. De véritables colonies belges se fondent également en Silésie et en Transylvanie. Rappellerons-nous, enfin, que c'est un bourgeois de Bruges, nommé van Gobeleen, qui, vers la fin du xv® siècle, fonda en France la manufacture de tapisserie de haute-lisse qui devait devenir si célèbre sous le nom de Gobelins, après

1. Cf. Ernest Van Bruyssel, Histoire du commerce et de la marine en Belgique. Bruxelles, 1861-65. R. Blanchard, La Flandre, p. 508 et sq. A. Colin, Paris.

que Colbert l'eut mise sous la protection royale, en 1662?

Mais c'est vers l'Allemagne que rémigration belge fut la plus considérable.

Alors que la Germanie était encore couverte de marais et de forêts, des colons belges s'en vont défricher de vastes contrées incultes et sauvages.

Les premiers paysans flamands, probablement appelés par l'archevêque Friedrich, arrivèrent en 1106 dans la région de Brème et s'établirent dans le pays marécageux appelé HoUerland qu'ils défrichèrent. L'afflux de colons se poursuivit pendant deux générations. Des villages flamands se fondèrent sur les deux rives du Weser ainsi que dans le Holstein occidental, entre l'Elbe et le Stôr *.

Pendant ce temps, une émigration de religieux cisterciens se fit dans l'Allemagne centrale. Leurs couvents devinrent, à leur tour, le noyau de colonies de paysans flamands. Ces paysans réussirent à drainer, à colmater et à cultiver des terres dont la stérilité avait rebuté les Wendes.

Le succès de ces colons amena divers princes allemands à appeler d'autres colons de cette race tenace et industrieuse pour défricher les forêts des Marches de l'Est avec des Saxons et des Westphaliens. Toute une région de la rive droite de l'Elbe porte encore aujourd'hui le nom de Flàming et l'on trouve à cette époque des colonies flamandes jusqu'en Silésie.

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