‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 1 sur 358 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Gabriel BEAUCHESNE, Éditeur 7/7, Ruê dt Rennes, 1 17

IVihU obstat.

Parisiis, die 25" Aprilis 1914.

B. DE Lanversin.

Imprimatur.

Parisiis, die 1^ Muii 1914.

G. Lefebvre, V. g.

La critique^ en matière d'Histoire^ est devenue singulièrement chatouilleuse et défiante. A ses yeux vous ne sauriez être suffisamment objectif û^m moment que le sujet vous touche de quelque façon. Un savant professeur de Sorbonne — ils sont tous savants — a publié naguère un livre où, ayant à préciser l'attitude des chrétiens vis-à~ vis de V empire pendant les trois premiers siècles., il commence par récuser tous les « écrivains chrétiens », « depuis Tertullien et Lactance Jusqu'à M. Paul Allard ». Etant chrétiens, le témoignage quils apportent doit être tenu pour suspect; il faut se renseigner ailleurs. Aussi le savant professeur nous apprend que les chrétiens refusaient le service militaire., « dépréciaient la vie familiale et la vie publique », et pour tout dire, faisaient « œuvre d^ anarchie », toutes choses que les écrivains chrétiens, « depuis Tertullien et Lactance jusqu à M. Paul Allard », avaient en effet complètement ignorées.

Le nom d'un Jésuite en tête d'une Histoire contemporaine des Jésuites sera donc pour plusieurs tout le contraire d'une garantie d'impartialité, A priori ils lui refuseront créance.

Mais à ce compte, il faudrait laisser aux étrangers le soin d'écrire notre Histoire nationale ; ou du moins eux seuls seraient qualifiés pour nous documenter sur les affaires de notre pays. V absurdité de la conséquence prouve V qu'il ne faut pas trop insister sur certaines règles de cri-

•^^ tique, d'ailleurs justes en principe. Si donc on permet à ^ un Français d'écrire l'Histoire de France, en puisant aux

"* sources françaises, sauf à s'aider des autres, on accordera bien qu'un religieux puisse dans les mêmes conditions écrire celle de son Ordre.

Les histoj'iens nont pas manqué à la Compagnie de Jésus; la plupart du temps c étaient des ennemis. On ne peut pourtant pas dire quils avaient de ce chef un titre spécial à la confiance du lecteur. Bien rares so?it ceux qui ont fait effort pour atteindre à l'impartialité. On peut citer de notre temps V Allemand Boehmer, présenté au public français par M. Gabriel Monod qui., lui aussi., en dépit de ses préjugés protestants, a tenté d'être juste pour les Jésuites. Est-il besoin de dire que cet « essai loyal » n'a eu, chez Vun comme chez Vautre, quun succès relatif? Parfois enfin l'historien /ut un ami sincère. C'est le cas de Crétineau-Joly., dont l'œuvre., malgré une information abondante et généralement sûre., a le tort de ressembler trop à un panégyrique.

Après les étrangers, hostiles, sympatliiques ou indifférents, — si tant est qu^il y en ait d'indifférents, — on peut bien aussi laisser leur tour de parole à ceux de la maison. A tout prendre, ils la connaissent mieux que ceux qui ne la voient que du dehors. Un Jésuite, quiparle de la Compagnie de Jésus, sait de quoi il parle et parle de ce qu'il sait ; ce qu'il a sous les yeux, ce qu'il a appris par une élude et une expérience personnelle l'aide à comprendre les choses et les hommes du passé; d'ailleurs les papiers de fainille sont entre ses mains ; il a à sa disposition tous les moyens d'être véridique ; j'ose assurer qu'il en a aussi la volonté.

« On ne doit aux papes, a dit Joseph de Maistre, que la vérité, et ils n'ont besoin que de la vérité. »

La Compagnie de Jésus n'a certes pas plus de droits que les Papes, et elle prétend bien n'avoir besoin, comme eux, que de la vérité. A celui qu'une piété filiale mal entendue porterait à l'oublier, elle ne se ferait pas faute de dire : Qu'ai-je besoin de tes mensonges?

La documentation de cet ouvrage provient de sources nombreuses et diverses, mais principalement, je ne fais aucunement difficulté de l'avouer, des Archives de la Compagnie, Archives romaines, ou Archives des Provinces

françaises. M. Gabriel Monod, ci-dessus nommé, a féUcilé les Jésuites de France et de V étranger d'écrire V Histoire de leur Ordre en exploitant ces répertoires ignorés des profanes. J'aurais pu encombrer le bas des pages de références munies de cotes. J'ai usé a^'ec modération de ce moyen facile de donner à un livre Vair d'une construction solide et résistante. Je me suis souvenu que les convives sont vite rassasiés., quand on étale sous leurs yeux les ingrédients qui entrent dans la composition des plats qu'on leur sert. Il leur suffit de savoir que ces ingrédients sont de bonne qualité et peuvent supporter le contrôle le plus sévère.

Joseph BuRNicnoN, S. J.

Ore Place, ler mai 191/1.

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