CHAPITRE IV
des pétitions au Roi pour le rétablissement des Jésuites ^ C'était une procédure renouvelée de l'ancien régime. Sur celle de la ville de Toulouse on a ajouté en note : « Cette supplique a été présentée au Roi par son confesseur et gracieusement accueillie par Sa Majesté qui ajouta affectueusement : Je voudrais bien que cet exemple fût suivi par toutes mes bonnes villes du royaume. »
A la veille d'être déchargé du fardeau du gouvernement le Père de Cloriviére, dans une lettre au Père Général, résumait ainsi la situation : « Nous ne songeons point à augmenter le nombre de nos établissements. Cependant nous pouvons dire, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, que ce n'est que de nos maisons que nous pouvons tirer de bons sujets... Toutes, sans en excepter la dernière, celle de Forcalquier, sont très florissantes. On y accourt de toutes les parties de la France. Les Missions que nous avons faites ont eu des succès qui ont dépassé toute espérance. Je pourrais vous en dire autant de nos prédications ordinaires, en particulier dans cette ville (Paris). On nous recherche de tous côtés. Ce n'est pas que nous ayons un grand nombre d'hommes expérimentés, mais grâce au Seigneur, il daigne répandre grand nombre de bénédictions sur nos travaux. Tel est précisément l'état où nous sommes. » (17 octobre 1817.)
A ce témoignage tel quel rendu par le Supérieur Général à ceux qu'il avait admis dans la Compagnie, on peut joindre l'appréciation des PP. de Grivel et de la Fontaine. Il est intéressant de voir comment ces représentants de la tradition jugeaient ceux qui étaient appelés à la recueillir. Après quelques mois passés en France, le Père de Grivel rendait compte de ses impressions : « Je puis vous dire, «t je crois en être assuré, que la Société en France
I. Plusieurs de ces documents sont des pièces originales avec les sig'natures, ce qui ferait croire ou bien qu'elles n'ont pas été envoyées à leur adresse ou bien qu'elles ont été retournées à leurs auteurs qui les auraient remises aux Jésuites. Voir aux Pièces justi/icatU'es, n" III, la pétition de la ville d'Aix, pétition bien extraordinaire pour une ville de Parlement.
est composée d'hommes très vertueux, qui jouissent d'une grande considération, qui sont remplis de la volonté la meilleure et la plus franche \ »
De son côté le Père de la Fontaine écrivait peu de temps après son retour en France : « Les premiers membres qu'on a réunis étaient des hommes faits, déjà habitués à leurs manières, tant pour les exercices spirituels que pour le ministère..., des hommes pleins de bonne volonté mais qui, dans leur première réunion (Société des Pères de la Foi), ont mal suivi la forme et le régime de la Compagnie... Je trouve que depuis leur association avec nous, ils se plient à tout avec la plus grande édification. J'ai été réellement frappé, et je le suis encore, de leurs grandes vertus d'obéissance, de régularité et de zèle. Ils ont la condescendance quelquefois de me consulter, et je crois de mon devoir de leur dire les choses dans lesquelles je trouve qu'ils ne se rapprochent pas encore assez de nous, et ils s'y conforment. C'est une éducation à faire, ce sont des habitudes à modifier. Ce ne sera pas l'œuvre d'un jour, mais on peut y réussir. Tout demande du temps... Cependant je leur dois l'hommage du respect et de l'admiration pour leur conformité et exactitude à tout ce qu'il y a d'essentiel à observer^. »
Sur la fin de 1817, un orage menaçant se formait à l'horizon ; le succès des établissements dirigés par les Jésuites commençait à alarmer les libéraux. On parlait de rapporter l'Ordonnance royale du 5 octobre 1814, qui soustrayait les Petits-Séminaires au monopole de l'Université. C'était la ruine de l'œuvre à laquelle la Compagnie renaissante avait voué le meilleur d'elle-même. Les derniers jours du gouvernement du Père de Clorivière furent assombris par cette perspective douloureuse; il fallut examiner la conduite à tenir dans le cas où la mesure fatale serait adoptée ; deux partis se présentaient sur lesquels les opinions étaient partagées, comme nous le dirons plus loin.