CHAPITRE IV
ches dans ce but auprès du ministre de riiitérieur M. Laine'. Grâce à ses relations de famille, le Père de Grivel avait été admis plusieurs fois à s'entretenir avec lui. Le ministre paraissait disposé à soutenir la demande d'autorisation ; mais, tout imbu des préventions gallicanes et parlementaires, il faisait des réserves : Les Jésuites français prendraient un autre nom ; ils n'auraient pas de chef à l'étranger ; on ferait certains changements dans les Constitutions. C'était revenir à des projets anciens, qui avaient encore été ressuscites cinquante ans auparavant pour arracher la Compagnie aux décrets de proscription des Parlements. Des personnages considérables, et parmi eux le cardinal de la Luzerne, auraient volontiers engagé les Pères à accepter ces conditions. On en référa au Général; la réponse de Brzozowski fut ce qu'avait été celle de ses prédécesseurs en pareil cas, et les pourparlers ne se prolongèrent pas davantage.
I. Une lettre du Père de Grivel au Père Rozaven précise bien la situation des Jésuites français dans les premières années de la Restauration : « M. Laine s'est plaint à mon frère que je n'allais pas le voir. J'y suis allé le i"^"" avril, mardi saint. Il voulait m'interroger sur Saint-Aclicul qui jette un peu trop d'éclat et est jalousé par l'Université. J'ai répondu avec franchise : Ce n'est pas notre faute si les parents nous donnent leur confiance ; les trois quarts des pères de famille désirent pour leurs enfants l'éducation des prêtres. — Nous le sentons, dit-il, le Roi va permettre aux Congrégations religieuses d'accepter des collèges. Vous devriez faire des démarches pour vous faire autoriser par le gouvernement. — A mon avis c'est un piège. Sous quel nom nous présenter? Pères de la Foi? Le Père Général ne le permettrait pas. Jésuites? Le moment n'est pas venu. M. Laine n'oserait nous appuyer à cause des préjugés. Lui-même en a beaucoup. Il en convient. Notre entretien dura vingt-cinq minutes, il m'invita à dîner pour le lendemain. J'y suis allé en soutane, ai dit bravement mon Benedicite. Tout était en maigre... Je lui ferai dire par mon frère que, s'il reçoit des plaintes contre nous, il me les communique...
« Dites au Père Général que nous sommes très prudents; nous ne faisons point de bruit, mais nos amis en l'ont trop... M. Laine aime beaucoup ma famille, point du tout notre Ordre; il ménage la religion, est très brave homme dans le fond; il sait que le Roi nous protège. Ainsi il ne nous fera pas de mal, ni de bien non plus, pour ne pas soulever un parti qu'on craint. Il est attaché au Roi, a de fausses idées sur la religion, le clergé, la puissance spirituelle qu'il veut soumettre à la temporelle, sous prétexte de la tenir en bride. Voilà où nous en sommes. » (Avril i8i^.)
Pendant toute la durée de son gouvernement le Père de Clorivière eut à se défendre contre les instances qui lui étaient faites pour la création de nouveaux établissements. On a pu lui reprocher d'y avoir cédé plus que ne le permettait la prudence. Le Père Général, dans sa correspondance, ne manquait pas de témoigner l'inquiétude que lui causait un développement des œu\Tes extérieures trop hâtif et hors de proportion avec le chiffre du personnel dont on disposait. Il craignait que les jeunes recrues trop surchargées de travaux ne pussent recevoir la formation que demande l'Institut et que, pour trop embrasser dans le présent, on courût risque de compromettre l'avenir. « C'est à vous, écrirait-il au Père de Clorivière, que la Compagnie devra son rétablissement en France ; ne craignez rien pour donner de la solidité à votre ouvrage. L'avenir est entre les mains de Dieu ; mais nous devons faire tout ce qui dépend de nous et imiter notre Père saint Ignace, qui, en travaillant pour les besoins du présent, avait toujours en vue de perpétuer le bien jusqu'aux temps les plus éloignés. » (15 décembre 181G.)
Vaincu par les sollicitations réitérées du maire et des habitants de Mayenne, le Père de Clorivière venait de s'engager à établir dans leur ville une petite résidence de missionnaires. « Je ne vois pas, lui écrit le Père Général, où vous pourrez prendre les sujets nécessaires pour satisfaire à cette nouvelle obligation. » Le Père de Clorivière dut revenir sur sa promesse. Des propositions non moins pressantes lui vinrent de grandes villes comme Toulouse et Marseille, de Toulon, d'Aix, de Dôle, du Puy, etc. ^ Les archives de la Province de France conservent
r, « Lq ville de Toulouse fait les plus vives instances pour nous engager à former un établissement. Son archevêque, s'unissant à la demande des familles les plus respectables, m'écrit à ce sujet de la manière la plus honnête et la plus pressante... On nous demande avec instance un établissement à Aire en Artois... Je ne parle pas de plusieurs autres demandes du même genre faites en difTérents endroits, auxquelles j'ai répondu d'une manière dilatoire et sans prendre d'engagement... » (Clorivière à Brzozovvski, i5 juillet 1816.)