‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 141 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le Père Simpson ne se bornait pas à mettre ainsi devant les yeux des Supérieurs l'idéal vers lequel ils devaient tendre. Persuadé que c'était à eux de donner l'exemple, il ne craignait pas de leur fournir l'occasion de pratiquer l'obéissance parfaite que la Compagnie demande à tous ses enfants. C'est ainsi que l'un d'eux, le Père Nicolas Jennesseaux, dont le gouvernement laissait à désirer, fut rappelé de Forcalquier sur la fin de 1818, c'est-à-dire au début de l'année scolaire. La lettre de rappel lui prescrivait de remettre ses pouvoirs au Père Dutems, et cela fait, de quitter le collège et la ville sans délai, sans prendre congé de personne, pas même par écrit et sans s'arrêter nulle part en route. Il se rendrait directement à Montrouge pour y faire sa troisième probation. Le tout fut exécuté ponctuellement. Le Père Jennesseaux avaitalors cinquante ans; il fut le premier à faire ce troisième an de noviciat, caractéristique de la règle de saint Ignace. La plupart des anciens Pères de la Foi, sans en excepter ceux qui étaient à la tête des maisons, durent le faire à leur tour, les années suivantes; nous retrouvons à Montrouge le Père Loriquet en 1823, avec le Père Debrosse, le Père Béquet en 1824, le Père Cuéneten 1825, le Père Sellier et le Père Dutems en 1826; tous, sauf ce dernier, avaient passé la cinquantaine.

Le troisième an est sans doute une épreuve, mais il n'est pas non plus sans attrait pour peu que l'on soit exercé à la vie intérieure. Une autre exigence de l'Institut dut paraître plus dure à des hommes qui pouvaient passer pour des vétérans et, à ce titre, prétendre à certaines immunités. Pour être admis au grade de profès, il faut en effet avoir subi avec succès un examen sur l'ensemble de la Philosophie et de la Théologie ^ Ni Tâge, ni les services rendus ne parurent des motifs suffisants pour en dispenser les

1. Il s'agit de tout autre chose que de l'examen indispensable pour entendre les confessions {ad audiendas confessiones). Celui-là, tous les Pères de la Foi et les autres prêtres admis au noviciat, ayant déjà exercé le saint ministère, étaient réputés y avoir satisfait.

respectables ecclésiastiques auxquels la Compagnie dut son rétablissement en France. Dès le début, le Père Général rappelait au Père de Glorivière les prescriptions si rigoureuses de la règle à cet égard. Tout ancien Jésuite qu'il fiit, le pieux vieillard avouait ne pas très bien les comprendre. Toutefois, ajoutait-il, «j'ai déjà chargé quelqu'un • d'extraire de toute la théologie et de la philosophie les propositions les plus importantes ». A son avis, une année serait plus que suffisante pour préparer l'examen, « bien que les études en ces temps malheureux aient été bien superficielles^ ». Quelques mois plus tard, il pouvait écrire : « J'ai rempli vos intentions en remettant à plusieurs de nos prêtres les propositions de théologie et de philosophie qui doivent former la matière de leur examen. » (1.5 juillet 1816.) De fait, dans le cours de l'année suivante, neuf des anciens Pères de la Foi subirent l'examen ad gradum^.

Toutefois, avant d'être admis à la Profession, il fallait attendre, conformément à l'Institut, que fut révolue leur dixième année de vie religieuse. Vainement, le Père de Glorivière avait exprimé le désir que le délai fût abrégé, tout au moins pour quelques-uns des plus anciens et des plus méritants; le Père Brzozowski ne crut pas devoir transiger sur ce point; la première promotion régulière,

Page 1