‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 140 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pas possible pour lors de le remplacer'. Au reste, si malgré toutes les ressources de sa riche nature, il n'était pas encore le Supérieur selon le cœur de saint Ignace, il avait assez d'humilité pour reconnaître ce qui lui manquait et assez de courage pour travailler à l'acquérir. C'est encore le témoignage que lui rend le Père Simpson : » Le Père Loriquet, dit-il, a très bien accepté les instructions qui lui ont été données pour la conduite de ses inférieurs. »

Ces instructions, le Père Simpson ne les avait pas réservées pour le seul Supérieur de Saint-Acheul. De retour à Paris, son premier soin avait été de les rédiger sous forme de circulaire adressée à tous ceux qui étaient ou seraient appelés à gouverner leurs frères...

« 11 est de mon devoir, leur dit-il, de vous communiquer l'idée qu'un séjour de vingt-sept années dans différentes maisons de la Compagnie m'a fait concevoir de son gouvernement. C'est une exacte copie de celui de l'Eglise; il est donc vraiment paternel...

« Le Supérieur, instruit par les comptes qu'on lui rend à des temps marqués, ou qu'il se fait rendre toutes les fois qu'il le juge à propos, sait et voit, pour ainsi dire, tout ce qui se passe, rectifie ce qui n'est pas bien, corrige ce qui est mal, et dirige tout sans entrer dans un détail infini qui absorberait tout son temps et l'empêcherait de s'occuper de choses plus importantes, et surtout d'étudier

I. Déchargé d'une fonction pour laquelle il n'était point fait, le Père Follope fut envoyé à Bordeaux en qualité de Père Spirituel. C'est là qu'il acheva de se sanctifier dans la pratique de ses vertus de prédilection, l'humilité et la charité. 11 lisait au réfectoire pour en épargner la peine aux professeurs fatigués par le travail de leurs classes. Au mois de mai 1822, il se rendait à Laval en compagnie de quatre religieux trappistes. L'un d'eux souffrant de la fièvre et du froid, le Père Follope le contraignit à prendre un vêtement chaud que ses infirmités l'obligeaient lui-même à porter. Cet acte de charité hâta sa fin ; il arriva exténué À Laval, et y mourut quelques jours après (28 mai) âgé de 69 ans. Il «tait né à Cournay (Seine- Inférieure) le aS avril i^63. Ordonné prêtre au début de la Révolution, il était parti pour la Russie et avait été .admis au noviciat à Dunabourg, le a3 aoîit i8o5. Le Père Gagarin a écrit «ne Vie du Père Marc Follope. Paris, Pion, 1877.

l'Institut et d'en acquérir une profonde connaissance, sans laquelle il ne sera jamais qu'un Supérieur très imparfait et indigne de commander à ses égaux et de les conduire à la perfection à laquelle il doit tendre aussi bien qu'eux. Un Supérieur de la Compagnie doit toujours être prêt à écouter ses inférieurs, même les plus petits d'entre eux, avec patience, douceur, bonté, affabilité, ne jamais laisser voir qu'on l'ennuie ou qu'on l'importune... Il est bon qu'il soit craint, mais il est bien plus important qu'il se fasse aimer. C'est ce qu'il obtiendra aisément s'il vit avec eux comme un Père avec ses enfants, s'il sait les décharger quand ils ont trop d'ouvrage, les consoler dans leurs peines, animer leur courage dans les difficultés, prendre soin d'eux dans les maladies, ne rien négliger alors, ne rien épargner pour le rétablissement de leur santé, prévenir même leurs indispositions, accorder leurs demandes si elles sont justes ; si elles ne le sont pas, ne pas les rebuter, mais leur faire sentir doucement l'injustice ou l'irrégularité de leurs demandes et surtout ne jamais les laisser sortir mécontents ou ulcérés de sa présence. « La même manière d'agir doit, avec proportion, avoir lieu à l'égard des élèves, qui doivent trouver en nous des pères et des mères. C'est en les aimant véritablement et en le leur prouvant continuellement qu'on gagne leur affection et qu'on obtient leur confiance. Par ce moyen on les forme et on les dirige bien plus aisément que par des pénitences qu'il faut répéter chaque jour, ou par des punitions corporelles avilissantes, dont l'effet le plus ordinaire est d'abrutir et d'endurcir le caractère. Si jamais pareille punition devient nécessaire et ne produit pas l'eflet attendu, il ne faut pas la répéter, mais renvoyer à ses parents celui qu'elle n'a pas corrigée »

I. La correction corporelle a eu sa place, une grande place, dans le code pénal de la Pédagogie jusqu'au siècle dernier ; elle ligure donc dans le Ratio Studiorum de la Compagnie de Jésus, dont la rédaction remonte au xvi' siècle. Elle est encore en honneur dans l'éducation anglaise. La manière dont le Père Simpson en parle est d'autant plus, remarquable qu'il avait passé vingt-huit ans de sa vie en Angleterre.

Page 1