‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 248 sur 358 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

On y lisait : « les Pères de la Foi ne sont que des Jésuites déguisés; ils suivent l'Institut des anciens Jésuites; ils professent les mêmes maximes. Leur existence est donc incompatible avec les principes de l'Église gallicane et le droit public de la nation ». On insinuait ainsi très clairement la conclusion pratique vers laquelle on s'acheminait.

Toutefois, si la Compagnie de Jésus avait à subir les attaques d'adversaires implacables et violents, elle ne manquait pas non plus de défenseurs vaillants et dévoués. Dans la presse périodique VAmi de la Religion et du Roi^ V Etoile, la Quotidienne^ la Gazette de France, d'autres encore ne se laissèrent pas intimider par les railleries du Constitutionnel qui ne les appelait pas autrement que les journaux de Montiouge. Le Globe, qui appartenait à la presse libérale, eut le courage de revendiquer pour les religieux les droits reconnus à tous les Français : « Réclamer, disait-il, comme le font quelques journaux l'exécution des arrêts parlementaires contre les Jésuites, c'est ne pas comprendre la liberté, c'est se rendre coupable de Jésuitisme^ . »

Au Mémoire à consulter répondirent des écrivains de valeur, au premier rang desquels il faut placer le Vicomte de Bonald, philosophe grave et quelque peu austère, qui prit la peine de réfuter les assertions les plus fantaisistes de Montlosier avec le sérieux qu'il apportait dans les Recherches sur les premiers objets des connaissances morales'^. D'autres emploient volontiers l'arme de l'ironie, et il faut avouer qu'ils avaient la partie belle. Le Vicomte

1. Le Globe, "il juillet 1826. L'attitude prise par le Globe dans l'affaire des Jésuites était d'autant plus remarquable, que cette feuille se montrait par ailleurs plus foncièrement irréligieuse que les Débats ou le Constitutionnel ; en tout cas elle l'était avec plus de franchise.

2. Le Vicomte Louis Gabriel Ambroise de Bonald se montra en toute occasion, soit par la plume, soit par la parole à la Chambre des Pairs, défenseur infatigable des Jésuites. Il aurait eu pourtant, déclare-t-il lui-même, contre la Compagnie « des préventions de famille et d'éducation » ; mais « ses lectures l'ont amené à la vérité ». Il avait remarqué tout d'abord que « ce sont ceux qui approuvent les régicides » qui imputent aux Jésuites tous les attentats et tous les crimes.

de Saint-Chamans, maître des requêtes au Conseil d'État et membre de la Chambre des Députés, se distingua par sa verve et sa vigueur'. Il faut citer encore Saintes, CoUin de Plancy et surtout Bellemare; ce dernier, publiciste fécond, ne consacra pas moins de six volumes, en l'espace de deux ans, à la défense des Jésuites. Les titres seuls, Trois procès en un, ou La Religion et la Royauté poursuivies dans les Jésuites; La fin des Jésuites et de bien d'autres, etc., prouvent que l'auteur se rendait parfaitement compte du but où tendaient les chefs du mouvement : « A travers les Jésuites ils viennent à bout de faire passer tout ce qu'ils veulent contre la religion et la monarchie 2. Le Collège de mon fils est l'exposé par un père de famille de la vie de Saint-Acheul, de l'enseignement et de l'éducation qu'on y donne. Ces simples avis d'un honnête homme à son fils en l'envoyant chez les Jésuites étaient bien la meilleure réponse aux sottes et méchantes histoires qu'on faisait courir sur le fameux collège. M. Bellemare ose bien écrire des recommandations comme celle-ci : « Je vous autorise expressément, mon fils, à pratiquer tout le mal que les Jésuites vous apprendront, à suivre tous les mauvais conseils qu'ils

1. Le Vicomte de Saint-Chamans avait intitulé son livre : Le Croquemitaine de M. de Montlosier, de M. de Pradt et de bien d'autres. 11 justifiait ainsi ce titre funambulesque : « Notez que les deux journaux où j'ai pris mes citations sont peut-être ceux à la rédaction desquels sont attachés le plus de gens d'esprit. En vérité peut-on concevoir un tel enfantillage? Et quand le siècle des lumières est ainsi tombé en enfance, n'est-on pas forcé pour le caractériser de chercher ses expressions dans le Dictionnaire des bonnes? »

2. Cet aspect de la question est particulièrement mis en lumière dans une réponse aux libelles de Montlosier qui s'intitule, elle aussi : Mémoire à consulter au Iloi et aux Chambres. L'auteur anonyme arrache sans ménagement les masques et découvre les véritables intentions du parti dont Montlosier s'est fait le porte-A'oix. Ce qu'il vise à travers tous ces fantômes de Congrégation, de Jésuites, d'ultramontains, c'est le roi et la Monarchie telle qu'elle se personnifie en Charles X, avec son caractère nettement religieux et antirévolutionnaire. Il est plus que probable que ce point de vue est le vrai.

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