‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 251 sur 358 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

déclamations du Mémoire contre l'ultramontanisme. Le prestige de l'écrivain, l'influence qu'il exerçait sur l'opinion du clergé, du jeune clergé surtout, autorisait en effet à voir dans cet écrit autre chose que le sentiment d'un particulier. C'était l'indice d'une tendance doctrinale et d'un état d'esprit dont le gouvernement ne pouvait se désintéresser. Au reste la presse libérale en triomphait bruyamment; elle tenait maintenant la preuve du complot tramé par le parti-prétre contre la liberté, contre la Charte et contre le Roi.

Au lendemain de la publication du Mémoire^ le baron de Damas, ministre des Affaires étrangères^ informait MonLlosier que l'on avait décidé de se priver de ses services et que du même coup sa pension était supprimée. Pour tenir la balance égale, il fallait aussi frapper Lamennais. 11 fut donc traduit en justice sous l'inculpation « d'attaques contre les droits du Roi et de provocation à la désobéissance à la Déclaration de 1682 », considérée comme loi de l'Etat. Défendu par Berryer il n'en fut pas moins condamné à 30 francs d'amende \ (19 avril 1826.)

Mais ce n'était pas assez pour calmer les gallicans et les libéraux. Le gouvernement sentait que, de façon ou d'autre, il serait mis en demeure de prendre des mesures

1. « La célèbre Déclaration de 1682 présentée comme sapant les bases de notre sainte et antique religion, les limites dupouvoir temporel et de la puissance spirituelle effacées, la suprématie et l'infaillibilité du Pape proclamée, son prétendu droit de déposer les princes et de délier les peuples du serment de fidélité reconnu, voilà le but de cet ouvrage, voilà les germes de discorde qu'il apporte.

« Nous avons donc déféré à votre justice l'ouvrage de M. l'abbé de La Mennais comme renfermant deux délits différents, celui de provocation à la désobéissance aux lois et celui d'attaque contre la dignité royale, contre le droit que le Roi tient de sa naissance, contre son autorité constitutionnelle et l'inviolabilité de sa personne. » {Extrait du Réquisitoire de l'avocat général.)

D'après le jugement, les passages incriminés sont une attaque contre la Déclaration de 1682, loi de l'État, plutôt que contre les droits et la personne du Roi; le prévenu est acquitté sur le second chef, condamné sur le premier à 3o francs d'amende; le tribunal ordonne que l'ouvrage sera saisi.

contre un danger qu'on lui dénonçait et qui se dénonçait lui-même avec un tel éclat. Mgr F'rayssinous, ministre des Affaires ecclésiastiques, pensa que le moyen le plus sûr de prévenir les difficultés était de provoquer une manifestation de i'épiscopat contre les théories de Lamennais. Une réunion de quatorze prélats, parmi lesquels deux cardinaux et quatre archevêques, adopta le 3 avril une Déclaration sous le titre de Exposé des sentiments des évêques qui se trouvent à Paris sw l'indépendance des rois dans l'ordre temporel. Les signataires ne visaient explicitement que le premier article de la Déclaration de 1682, se bornant par ailleurs à blâmer et réprouver en termes généraux les accusations contre les maximes gallicanes. L'Exposé fut communiqué à tous les évêques avec invitation à y souscrire. Plusieurs s'y refusèrent, parmi lesquels l'archevêque de Paris, Mgr de Quélen. La plupart accompagnèrent leur adhésion de réserves qui donnaient clairement à entendre que désormais l'autorité des fameuses maximes était fortement ébranlée ^

Mais, comprenant qu'il ne pouvait se dérober à un débat parlementaire que l'effervescence des esprits rendrait peut-être orageux, le ministre des Affaires ecclésiastiques se décida à prendre les devants. Ame droite et confiante, Mgr Frayssinous était incapable de soupçonner la duplicité chez les autres. 11 se persuadait qu'il lui suffirait d'une explication franche et loyale pour dissiper les terreurs, éteindre les colères et ramener la paix. A l'occasion de la discussion du budget des cultes à la Chambre des Députés, il prononça un long discours, admirable de modération,

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