CHAPITRE X
vait encore : « La dissolution de nos Petits-Séminaires a sans doute été un mal pour la religion en général ; mais elle peut et doit avoir de bons effets pour nous. » Le Père Julien Druilhet, alors socius et bientôt successeur du Père Godinot, était plus explicite encore. Il écrivait à la veille de l'exécution des Ordonnances :
« Si pourtant, comme consulteur de la Province, il m'était permis, enjoint même de dire toute ma pensée, je dirais, mon Très Révérend Père, que ce coup qui vient de nous frapper ne nous est point aussi funeste qu'on aurait pu se l'imaginer d'abord. Nos jeunes scolastiques se fatiguaient, s'usaient dans les travaux de la surveillance et de la régence. Leur santé en souffrait, leur esprit intérieur et religieux peut-être encore davantage. 11 me semble que, si ce coup n'est qu'une suspension, et qu'elle ne doive durer que trois ou quatre ans, nous aurons plus à nous en féliciter qu'à nous en plaindre. Notre jeunesse pendant ce temps-là pourra être appliquée, retrempée dans l'esprit de la Compagnie et préparée au sacerdoce, tandis que les prêtres, par petits corps à'operarii pourront dans les divers diocèses, travailler sous les ordres des évêques qui ont déjà fait des demandes nombreuses, et peut-être par là produire au moins autant djB bien, quoique d'une autre manière, que nous avons pu jusqu'à présent en produire en France ^ »
Le Père Roothaan lui-même n'enjugeait pas autrement : à peine élu général, il écrivait à propos de la situation faite aux Jésuites français par les Ordonnances de l'année précédente : « Elles ont certainement été avantageuses et pour les scolastiques et aussi pour nombre de Pères. » Et comme s'il craignait déjà le retour des imprudences passées, le Révérend Père ajoutait : « Tout n'est pas fait encore. Si la Providence ménage quelques ouvertures, mon désir est qu'on ne précipite rien, qu'on ne se charge pas au-dessus de ses forces, que les jeunes gens surtout
I. Le P. Druilhet au T. R. P. Général For lis, 29 juillet 1828.
ne soient pas exposés à être estropiés ensuite poui l'esprit et pour les sciences ^ »
On allait donc profiter de la libération du nombreux personnel employé dans les Petits-Séminaires pour compléter la formation intellectuelle et religieuse de ceux qui étaient en âge de la recevoir. En effet, dès le mois d'octobre qui suivit l'exécution des Ordonnances, on ne comptait pas moins d'une centaine de religieux exclusivement appliqués à leurs études. Dans deux seulement des huit Petits-Séminaires qu'ils dirigeaient, à Saint-Acheul et à Dôle, les Jésuites français étaient chez eux et y demeurèrent après les Ordonnances. Saint-Acheul reçut 27 étudiants en Théologie répartis en deux cours ; les deux autres cours, avec 22 étudiants, furent installés dans les locaux du pensionnat de Dôle^. En même temps 21 privilégiés avaient été envoyés à Rome pour étudier soit la Théologie, soit la Philosophie. Dix autres vinrent à Paris étudier les mathématiques et la physique; tandis que la maison de campagne du collège d'Aix, Saint-Joseph du Tholonet, donnait asile à un second cours de sciences qui réunit 17 jeunes scolastiques^; enfin 11 autres plus jeunes encore suivirent un cours d'études littéraires au château d'Aiguines,dansle Var, mis libéralement à leur disposition