CHAPITRE X
par le duc de Blacas.Ce généreux bienfaiteur qui avait pris la part que nous avons dite à la négociation des Ordonnances en cour de Rome, témoignait ainsi de ses véritables sentiments envers la Compagnie de Jésus.
Obligés d'abandonner les Petits-Séminaires, les Jésuites ne s'éloignèrent pas des diocèses où ils avaient été appelés. A l'exception de celui de Poitiers, tous firent des instances pour conserver au moins quelques prêtres qui s'emploieraient au saint ministère. C'est ainsi qu'au lendemain des Ordonnances plusieurs résidences furent ouvertes. L'archevêque de Bordeaux, Mgr de Cheverus, qui avait vu les Jésuites à l'œuvre dans les Missions d'Amérique, n'épargna rien pour les retenir dans sa ville épiscopale. « Il leur offrit, dit son historien, une maison voisine de son palais et donna à ceux qui y restèrent 6.000 francs chaque année pour leurs dépenses'. » C'est ainsi encore que Sainte-x\nne d'i\.uray fut remplacé par la résidence de Vannes et Billom par celle de Clermont. A Forcalquier même la résidence subsista toute une année après la suppression du Petit-Séminaire. Seul le Poitou laissa partir les Pères de Montmorillon sans les retenir nulle part ; ce n'est que plusieurs années après que la ville de Poitiers les rappela.
Grâce aux histoires fantastiques qui, depuis quatre ans, remplissaient les pamphlets et les colonnes des journaux, le nom de Montrouge était devenu une sorte d'épouvantail; le pouvoir occulte qui, de cette forteresse, gouvernait la France, et peut-être le monde, inspirait des inquiétudes jusque dans les régions administratives; plus d'une
I. T7e du cardinal de Che^'erus, par Huen-Dubourg, Périsse, Paris, Lyon, 1887, p. 287.
L'auteur de cette biographie cite plusieurs lettres adressées au Pape par Mgr de Cheverus, pendant qu'il était évêque de Boston. Il y exprime sa tendre affection en même temiJs que son estime pour les missionnaires Jésuites et pour la Compagnie elle-même... Dilectum dilectœ Societatis Patiet7i (Grasay) maxima prosequor veneratione... Talibus operariis indigemus quales suppeditat Societas Jesii. Hi nempe sunt operarii inconfusihiles,recte tractantes verhuni veritatis ..., p. i33, 129.
fois cette paisible maison avait été l'objet des perquisitions policières; plusieurs fois aussi elle avait failli subir les assauts de la populace fanatisée ' ; en tout cas elle attirait trop l'attention pour qu'il fût prudent d'y maintenir après les Ordonnances la trop nombreuse population qu'elle abritait depuis dix ans. Tous les novices, au nombre de plus de cinquante, furent donc réunis à Avignon, et Montrouge ne fut plus habité jusqu'à son dernier jour que par les Pères du troisième an et les ecclésiastiques ou hommes du monde qui y venaient, disent les Mémoires, « de tous les points de la France », se retremper dans les exercices de la retraite. Leur affluence fut alors vraiment extraordinaire. « C'étaient des professeurs, directeurs, supérieurs de petits et grands Séminaires, des vicaires généraux, chanoines, curés, vicaires, des prêtres attachés à l'Université, des laïques pères de famille, comtes, marquis, barons, artistes; des militaires, des avocats, des jeunes gens en grand nombre pour décider leur vocation, des prêtres constitutionnels qui depuis la Révolution n'avaient exercé aucune fonction ecclésiastique, quelquesuns qui avaient pris des engagements sacrilèges incompatibles avec les premiers. 11 y en a eu huit, dix, et jusqu'à treize à la fois... Le silence était rigoureux en temps de récréation comme en tout autre temps... Plusieurs des retraitants ont fait les grands exercices d'un mois... Il est impossible de dire les biens immenses que ces retraites ont opérés-... »
Trois résidences nouvelles furent inaugurées au lende-
1. «Ce fut en 182'; que l'achaiMiemeiil contre Montrouge sembla être porté à son comble... Les amis de la Société tremblaient pour les novices... Dans nos collèges on tremblait également pour les habitants de Montrouge... Au milieu de ce vacarme, les novices continuèrent tranquillement le cours de leurs exercices...; ils n'en sortaient pas moins deux fois par semaine pour la promenade et les catéchismes... Ce qu'ils ne purent ignorer de toutes ces clameurs, de toutes ces menaces, bien loin de troubler leur calme et leur joie, ne servait qu'à exciter davantage leur ferveur... » (.1/e m o/res de Montrouge, p. 01.2.)