CHAPITRE X
moins qu'une dispense de la première autorité pour accepter dans des cas exceptionnels les fonctions d'aumônier dans un couvent. Aussi dès l'abord, le Provincial de France se montra-t-il fort peu disposé à entrer dans les vues de la Visitation. Mais, une fois la petite résidence installée, les instances devinrent plus pressantes. Les circonstances paraissaient demander qu'on fît fléchir la règle. On manquait de prêtres; la communauté renaissante était composée de religieuses anciennes déshabituées de la vie claustrale et de nouvelles peu formées ; les Mères pensaient que la direction d'un religieux était nécessaire pour restaurer l'esprit primitif et les habitudes régulières ; elles se bornaient à supplier la Compagnie de Jésus de leur donner un confesseur pour un an. Un Mémoire présenté au Père Provincial faisait valoir cinq raisons à l'appui de la demande ; le Père Godinot le transmit au Général avec six raisons contre. (P' novembre 1829.) 11 paraît bien que le Père Roothaan se rangea à son avis, ou tout au moins fit une réponse dilatoire. Mais quelques mois après, la Révolution de juillet vint changer la face des choses ; la résidence fut dispersée ; les Pères durent accepter des situations dans les rangs du clergé séculier ; le Père Debrosse demeura seul à Paray, nommé par l'évêque d'Autun aumônier de la Visitation'. Il y resta trois ans. La petite ville avait bientôt retrouvé son calme habituel. Dès le commencement de l'année suivante, le Père Debrosse écrivait : « J'exerce mon ministère sans être ni inquiété ni troublé en aucune manière. » Et sur la fin de la même année : « Nous jouissons toujours ici d'une grande tranquillité par la protection de la Vénérable Sœur (Marguerite-Marie). Pendant tout le temps de la belle saison, j'ai donné des retraites selon la méthode de saint Ignace à un grand nombre d'ecclésiastiques. J'en ai encore quatre en ce
I. Le P. Druilhet, alors Provincial de France, écrit à la date du 5 octobre i83o : « M. Debrosse : Il peut aller aumônier à la Visitation de Paray. »
moment ; c'est autant que notre modeste habitation en peut contenir. » (19 octobre 1831.)
Cette occupation si délicate et si absorbante, surajoutée au service religieux du monastère alors doublé d'un pensionnat, ne suffisait pas au zèle du Père Debrosse ; comme il l'avait fait à Bordeaux, il fonda à Paray une Bibliothèque des Dons livres et y établit la dévotion de VHeure Sainte, qu'il considérait comme une pratique essentielle du culte du Sacré-Cœur. Il en fit son œuvre de prédilection. 11 publia un Manuel de VHeure Sainte^ ; il rédigea et fit approuver à Piome les statuts de PAssocialion pour laquelle il obtint d'abondantes faveurs spirituelles. Ses efforts pour la propager furent couronnés de succès. Il écrit, à la date du 13 février 1831, qu'elle compte 3.500 adhérents. En 1833, leur nombre montait à plus de 11.000. Mais cette année-là même, la petite résidence de Paray-le-Monial fut supprimée, et malgré les instances de Pévêque d'Autun pour la faire rétablir les Jésuites n'y revinrent que près d'un demi-siècle plus tard-.
Le mois d'octobre 1828 vit encore les commencements de la maison de Vais, près le Puy, qui devait avoir par
1. U Heure Sainte, Méthode pour faire cet exercice avec fruit. Paris, Poussielgue-Rusand, i832.
2. En quittant Paray, le P. Debrosse alla gouverner la maison des missionnaires de Laval. Son âge et ses infirmités ne lui permirent pas de porter longtemps le fardeau de la supériorité ; mais il y resta jusqu'à la flix, occupé à des fonctions purement spirituelles. La grande consolation de ses vieux jours fut de faire bâtir à quelque distance de la ville une chapelle dédiée à Saint Joseph pour qui il avait une tendre dévotion. Ce sanctuaire ne tarda pas à devenir un but de pèlerinage ; le pieux vieillard ne craignait pas de s'y rendre souvent lui-même à jeun pour y célébrer la messe. Il mourut le i8 février i848, âgé de 86 ans ; on l'enterra au pied de l'autel de Saint Joseph. Robert Debrosse avait appartenu à la Société des Pères de la Foi et il fut de ceux qui, dès la première heure, s'enrôlèrent sous la bannière de saint Ignace.