‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 310 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

la suite un rôle considérable dans l'existence des deux Provinces de Lyon et de Toulouse. Dès 1824 les Jésuites avaient été sollicités de prendre la direction du Petit- Séminaire de la Chartreuse. L'année suivante l'évêque revenait à la charge dans une lettre pressante adressée au Père Général. Héritier des sentiments de son père pour la famille de saint Ignace, Mgr de Bonald écrivait :

Le Puj, 28 février 1825.

« Mon Révérend Père,

« Dès que par l'autorité du siège apostolique je fus élevé à l'épiscopat, je pensai aux moyens de procurer à mon diocèse l'avantage de posséder les Pères de votre Compagnie. Je crus qu'il avait bien des droits à cette faveur. Le diocèse du Puy a été le théâtre des travaux et des vertus de saint François Régis ; les traces de son .passage dans le pays que j'habite subsistent encore ; et ce grand saint est mort sur les frontières de mon diocèse. La Compagnie de Jésus est désirée par le troupeau confié à ma sollicitude et je n'ai pas cessé un instant de partager ce désir. Le bien de mon diocèse et, je dois dire, l'avantage de votre Société en France se réunissent pour démontrer la nécessité d'appeler vos Pères dans une province où ils travaillaient autrefois avec tant de zèle au salut des âmes.

« Je ne crains pas de dire que votre Compagnie trouverait un grand avantage à former l'établissement que je sollicite ; la raison en est simple ; je ne contrarierai pas les vocations. Si de jeunes clercs se sentent appelés à embrasser votre genre de vie, je leur donnerai toutes les facilités possibles pour suivre la voix de Dieu. Je crois, mon Révérend Père, que vous ne trouverez pas partout la même facilité que je vous offre... Je suis convaincu que, dès que vos Pères se seront établis au Puy, un grand

nombre de jeunes étudiants se présenteront pour entrer au noviciat... » Suit une description du Petit-Séminaire de la Chartreuse, « vaste, en bon air, hors de la ville, etc. ».

On ne pouvait répondre par un simple refus à pareille invitation ; mais d'autre part la Province de France n'était pas en mesure d'accepter de nouvelles charges. On pria l'évêque de vouloir bien accorder un délai. Quelques mois plus tard, le Père Godinot écrivait : « Nous sommes tombés d'accord pour ajourner l'affaire à quelques années ^ »

L'exécution des Ordonnances fournit aux Jésuites le moyen de satisfaire le désir de INÏgr de Donald qui était aussi le leur. Mais cette fois il ne s'agissait plus de Petit-Séminaire. L'évêque du Puy venait d'acquérir un immeuble considérable dans le village de Vais, à deux kilomètres de la ville, dans l'intention d'y établir une communauté de missionnaires. Il s'empressa de rappeler au Provincial de France les promesses qui lui avaient été faites quatre ans auparavant; il offrait la maison et ses dépendances pour y recevoir tous ceux qu'on jugerait à propos d'y envoyer, regrettant seulement de ne pouvoir leur assurer le moindre subside. Par ailleurs, il ne mettait pas de bornes à sa bienveillance. « Il offrait, écrit le Père Druilhet, de reconnaître la Compagnie comme corps religieux et d'ordonner ainsi les Nôtres sans dimissoires, ce qu'aucun évêque de France n'avait osé faire encore... Cette faculté nous est infiniment précieuse^. » Quelques années plus tard Mgr de Donald, voulant assurer la situation de la Compagnie de Jésus dans le diocèse du Puy, lui concéda par un bail en règle la jouissance du domaine de Vais pour une durée de 99 ans, lui imposant seulement en retour l'obligation d'y entretenir trois missionnaires.

Le 10 octobre 1828, le Père Timothée Chauchon prit

1. « Ad aliquot an/ios conventione facta, dilata est negotiatio. » Godinot à Fortis, a^ juin 1826. En marge on lit cette note du 11. P, Fortis : « Differatur quantum fieri potest. »

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