INTRODUCTION XLVII
« ...Mais, encore une fois, comment expliquer certaines préventions honnêtes? En vérité, je ne le sais pas bien; car je m'examine ; j'interroge ma conscience, ma connaissance intime de l'Institut et de ceux qui l'ont embrassé ; je considère les choses qui remplissent notre vie, qui remplirent celle de nos pères, et je me réponds à moi-même : Non, nous ne méritons ni ces haines, ni ces préventions. Mais je crois à la prière exaucée de mon bienheureux Père, qui demanda au Seigneur que ses enfants fussent toujours en butte aux persécutions et aux épreuves. Je crois aux traditions héréditaires de certaines professions et de certaines familles qui sembleraient renier leurs devanciers, en aimant et honorant ce que leurs pères ont haï : le nom de Jésuite. Je crois que beaucoup de personnes acceptent les préventions et les opinions sans contrôle, qu'elles ne jugent pas nécessaire de descendre jusqu'à nous bien connaître en nous étudiant de plus près. Je sens aussi jusqu'au fond de mes entrailles qu'on outrage le bon sens non moins que la justice, en nous supposant, sans preuves, capables de la plus grande scélératesse, ou du moins capables d'intrigues, de ruses, de machinations et d'une duplicité fabuleuses.
« On serait vrai, on serait juste, en nous accusant bien plutôt d'une trop grande confiance envers les hommes qui nous entourent, et souvent d'une maladresse trop réelle ; je le dis très sincèrement. »
11 y a soixante ans que l'illustre religieux formulait ce jugement ou, si l'on veut, cette boutade sur la légendaire habileté des Jésuites ses confrères. 11 n'aurait rien à y changer aujourd'hui. Avec l'expérience d'un quasi-jubilaire, je le dis à mon tour « très sincèrement ».
Après cela, sa conclusion sera aussi la mienne : « Mais je dois parler la langue de la raison sérieuse et de la foi. Nous sommes prêtres, religieux, hommes enfin comme d'autres; nous avons droit qu'on nous croie