‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 36 sur 358 · XLVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVI INTRODUCTION

d'injure, pas d'ineptie non plus, ni d'insanité dont on ne se soit fait une arme contre elle. Tout est bon, tout sert aux mains de certaines gens, du moment qu'il s'agit de tirer sur les Jésuites, Sous la Restauration, ils aiguisaient dans l'ombre leurs poignards pour tuer les rois ; puis ce furent les contes fantastiques de Montrouge, puis les scélératesses du Juif errant^ qu'on donna en pâture à la crédulité du peuple de P'rance et qu'on réédite encore aujourd'hui à l'étranger ; puis la « morale relâchée » dénoncée périodiquement à la tribune, dans la presse, dans les réunions publiques, par des gens chez qui tant de délicatesse et de vertueuse indignation ne laisse pas que de produire un effet étrange.

Pourquoi cette animosité que rien ne désarme et qui se croit tout permis ? Il y a là un mystère humainement inexplicable.

Sans doute il est naturel que les ennemis de la religion détestent ceux qui la défendent, et ces gens-là ne sauraient faire plus grand honneur aux Jésuites qu'en leur dédiant le maximum de leur haine. Mais cet honneur, les Jésuites ont conscience de ne pas le mériter ; ils ne se sentent, hélas ! ni assez nombreux, ni assez forts, ni, en un mot, assez redoutables pour justifier l'opinion qu'on se fait d'eux dans le camp adverse. Etonnés de la terreur qu'ils inspirent, ils se disent, eux aussi :

Je suis donc un foudre de guerre I

et la connaissance qu'ils ont d'eux-mêmes les oblige de s'avouer qu'on se fait de leur valeur une idée trop avantageuse.

Puis, à côté des haines difficiles à comprendre, il y a les préventions qui ne le sont guère moins. Qu'on me permette de reproduire ici une page du Père de Ravignan. Il cherche la solution d'un problème qui déconcerte quelque peu son austère loyauté :

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