‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 39 sur 358 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. — Opinion de Consalvi sur le rétablissement des Jésuites. Conséquences delà suppression de la Compagnie de Jésus. On se préoccupe de la remplacer en attendant qu'elle soit rappelée à la vie. Cette pensée donne naissance à deux Sociétés de prêtres.

II. — Commencements de la Société du Sacré-Cœur. L'abbé Éléonor de Tournély. Vocation de Joseph Varin.Hagenbriinn. Mort deTournéJy. Le P. Varin élu supérieur. Progrès de la Société. Paccanari et la Société de la Foi de Jésus. Réunion des deux Sociétés.

IIL — Les Pères de la Foi en France. Madeleine-Sophie Barat. Essai de pensionnat à Lyon. Fondation d'Amiens. Les Pères de la Foi portent ombrage à la police impériale. Portails et Fouché. Le décret de messidor an XII. Le P. Varin présente sa défense. Le cardinal Fesch intervient. Le décret est exécuté mollement.

IV. — Les Pères de la Foi d'Angleterre se séparent de Paccanari. Ceux de France les imitent. Progrès de la Société. Dénonciation de Fouché. Colère de l'empereur contre le cardinal Fesch. Le cardinal avait-il été trompé par les Pères de la Foi?

V. — Dissolution de la Société et dispersion des Pères de la Foi. Le P. Varin à Besançon. On ne perd pas l'espérance. La prophétie du P. Nectou. Les Pères de la Foi attendent l'heure de la Providence. Un bien petit bataillon qui donne du souci à l'empereur. Pourquoi?

Consalvi, le futur négociateur du Concordat, écrivait peu avant la mort de Pie YI à un prélat de ses amis, la curieuse lettre qu'on va lire :

« Vous me faites tort, mais un grand tort, en doutant

que j'aie toujours été persuadé de la nécessité de rétablir les Jésuites. Oui certes, j'en ai toujours été persuadé; j'en prends Dieu à témoin. J'ai été, il est vrai, dans des collèges qui ne leur étaient pas favorables ; mais je n'en ai pas été plus porté à les croire mauvais; je suis au contraire malgré cela resté leur partisan. Seulement, ce que je disais alors c'est que, tout convaincu que je fusse de leur bonté et du dommage résultant de leur suppression, il me paraissait pourtant un peu excessif («rt/>oco di fanatismo) d'affirmer que l'Église ne pouvait se passer d'eux, puisque, en effet, elle s'en était passée pendant tant de siècles. Mais c'était là une erreur dont je suis revenu, même avant la Révolution française, quand j'ai bien connu ce qu'était le Jansénisme. J'ai cru alors et jecrois encore que, sans les Jésuites, l'Église va très mal {sta assai maie la Chiesd). Si j'étais le maître, je les rétablirais demain. Je l'ai dit au Pape plusieurs fois; lien a toujours été impressionné. La crainte de l'opposition des princes l'a toujours empêché de le faire lui-même. 11 le fera, s'il vit et recouvre la liberté; sinon, son successeur devra le .faire sans retard. Les princes verront alors que, en raffermissant la religion, les Jésuites raffermissent du même coup leurs trônes.

« Voilà ma profession de foi sur ce point. Vous savez que je suis trop honnête pour n'être pas véridique ^ »

L'opinion exprimée ici par Téminent diplomate sur la supi)ression des Jésuites était, on peut le dire, commune dans les dernières années du xviir siècle. Amis et ennemis constataient que la disparition de l'Ordre avait porté à l'Église un coup fatal. Les uns s'en applaudissaient bruyamment; la correspondance échangée entre les philosophes à ce sujet est, en son genre, un panégyrique des Jésuites, auquel on pourrait seulement reprocher de dépasser la mesure. A les en croire, il sera aisé de détruire la superstition, maintenant qu'on a jeté bas le

I. Lellera di Monsignor Gonsalvi a Monsignor G. Albani. (Archivio del Valicano. Nunziatura di Vierna. N. 696. Autografa.)

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