CHAPITRE PREMIER
en eut la preuve lorsque, au lendemain du rétablissement delà Compagnie de Jésus, on vit une multitude de postulants ailluer de tous les points du pays.
Du reste, avec le temps, la surveillance du préfet Debry s'était relâchée de sa rigueur, et le Père Varin pouvait reprendre peu à peu sa correspondance avec ses compagnons dispersés et les animer à la persévérance. En leur faisant ses adieux, il leur avait recommandé de ne pas accepter de position stable, afin d'être toujours prêts à répondre à l'appel, quand sonnerait l'heure de la Providence. On a vu comment lui-même donnait l'exemple. Après avoir décliné les offres flatteuses de Fouché, il refusa pareillement celles de l'archevêque de Besançon, Le Coz, l'ancien évêque constitutionnel, qui voulait le nommer à la cure de Notre-Dame. De fait, à part quelques défections inévitables, presque tous ceux qui appartenaient à la Société des Pères de la Foi au moment de sa dispersion, se retrouvèrent plus tard dans la Compagnie de Jésus. Quel était, au juste leur nombre? Nous ne parlons ici que des Français. Les catalogues mentionnent exactement 40 prêtres et 30 frères coadjuteurs admis avant 1807; tous n'étaient pas en France. Ils dirigeaient huit collèges ou Petits-Séminaires, savoir: Montdidier, Belley, Roanne, l'Argentière, Montmorillon, Bazas, Marvejols et Roulers en Belgique ; ils avaient en outre des maisons à Paris, Lyon et Amiens,
On aurait lieu de s'étonner qu'un si modeste bataillon d'hommes bien inoffensifs ait donné tant de soucis aux ministres de Napoléon et quelquefois àNapoléon lui-même. Certes, ce n'est pas sa force numérique qui pouvait justifier les craintes qu'il inspirait. Une quarantaine de prêtres occupés d'éducation, de prédication ou de confessions, ce n'était pas assurément de quoi mettre en péril l'empire et la dynastie.
Mais, à travers les Pères de la Foi, on entrevoyait les Jésuites, et il est dans la destinée de ce nom de troubler les cerveaux les plus puissants.
LA COiMPAGME DE JESUS. 3