‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 60 sur 358 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pendant que la Société des Pères de la Foi, remarquable, écrivait Fouché, par « sa ténacité de vie ' », s'obstinait à ne pas mourir, la Compagnie de Jésus se développait malgré les efforts de ceux qui croyaient la retenir au tombeau. Le Bref Catholican fidei (7 mars 1801) lui avait donné l'existence officielle et publique dans l'empire russe. Sur la demande du roi Ferdinand IV, le Bref Per alias (30 juillet 1804) la rétablissait dans le royaume des Deux- Siciles^. Par égard pour les puissances qui avaient obtenu de Clément XIV la suppression des Jésuites, Pie VII laissait à ces mêmes puissances l'initiative de leur rappel. Toutefois, en vertu d'une concession verbale, vivœ vocls oracido, transmise à Saint-Pétersbourg par le cardinal Consalvi, le Père Général était autorisé à admettre dans rOrdre,sous certaines conditions, tous ceux qu'il jugerait à propos, quelle que fût leur nationalité et le lieu de leur résidence.

C'est grâce à cette faculté que nombre d'anciens Jésuites,

1, «... Ce qu'il y a de plus remarquable dans l'association dite des Pères de la Foi, sous les rapports politique et administratif, c'est, si l'on peut s'exprimer ainsi, sa ténacité de vie... » (Cité par FJourens, Napoléon et les Jésuites. Nouvelle Revue, îév. 1894, p. 697.)

2. A la vérité cette restauration ne fut pas de longue durée. Dès 1808, un frère de Napoléon, Joseph, devenait roi de Naples ; les Jésuites de nouveau expulsés se réfugièrent dans l'État de l'Église ; mais, bientôt Rome elle-même était occupée par les troupes françaises (1808), le Pape emmené prisonnier à Savone, et le régime français appliqué aux Ordres religieux. Un décret du 25 avril 1810 déclare : « A l'exception des évêchés, archevêchés, séminaires, chapitres de cathédrales, de collégiales notables, paroisses et succursales, hospitaliers, sœurs de la Charité et autres maisons établies pour l'éducation des femmes, que nous jugerons à propos de conserver par des décrets spéciaux, tous les autres établissements, corporations, congi'égations et associations ecclésiastiques sont supprimés. Il n'est permis à aucun individu de porter l'habit d'aucun ordre religieux. Tous les religieux, mendiants et non mendiants, jouiront d'une pension viagère dans le département où ils sont nés. Les prêtres devront servir dans une église paroissiale. Les biens des établissements supprimés sont cédés au Mont-Napoléon (Hospice du Simplon) qui paiera les pensions. »

auxquels leur âge et leurs infirmités ne permettaient pas d'entreprendre le voyage de Russie, purent être incorporés de nouveau à la famille de saint Ignace. La Province d'Angleterre fut la première à se reconstituer (1803). Aux Etats-Unis les anciens Jésuites, qui formaient la portion la plus considérable du clergé et qui jouissaient d'ailleurs d'une pleine liberté, purent également reprendre la vie religieuse, sous l'autorité de Mgr Carroll, le premier évoque de Baltimore et de toute l'Union, qui avait lui-même appartenu à la Compagnie de Jésus. Les Pères de la Foi du collège de Sion en Valais, qui, depuis leur rupture avec Paccanari en 1806, avaient à maintes reprises sollicité leur admission, furent reçus en 1810, mais seulement au for intérieur et à condition de continuer leurs œuvres en Suisse. Cette année même le Valais devenait le département du Simplon. Les nouveaux Jésuites payèrent naturellement par des tracasseries de tout genre l'honneur d'être annexés à l'empire français. Mais, en 1814, ils recouvrèrent leur liberté, et le petit groupe valaisan fut le noyau d'une Province qui devait comprendre, avec la Suisse, les Pays-Bas et une partie de l'Allemagne.

En France, il ne fallait pas songer à une reconstitution quelconque de la Société dont Napoléon ne permettait pas même qu'on écrivît le nom dans les feuilles publiques. Le Journal des Débats avait inséré, à la date du 10 vendémiaire au XII (2 oct. 1804), une correspondance de Naples où on lisait : « Le rétablissement de l'Ordre des Jésuites cause une joie universelle dans cette capitale et dans les provinces. Le jour même qu'on reçut ici le Bref, LL. MM. le roi et la reine, les princes et princesses de la famille royale communièrent solennellement pour rendre à Dieu leurs actions de grâces. Le collège que les Jésuites avaient anciennement à Naples a été ouvert le jour de l'Assomption. Le roi a voulu assister en personne à l'ouverture de l'église, qui a eu lieu le même jour et dans laquelle, a-t-il dit, il n'avait pas eu le courage d'entrer une seule fois depuis la suppression de cette Compagnie. »

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