‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 100 sur 362 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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de saint Ignace^ et un autre à celle de saint Dominique. Ses relations avec le voyageur prouvent bien que l'incognito du Général de la Compagnie de Jésus n'était pas impénétrable. De retour à Marseille, six ou sept mois plus tard, le Père Roothaanlui écrivait: « ... Depuis longtemps je voulais vous exprimer moi-même ma reconnaissance, non seulement de la bienveillante hospitalité que j'ai reçue à votre maison de campagne, mais bien plus encore des témoignages de dévouement et de généreuse affection que vous ne cessez de donner à notre Compagnie. » (20 Février 1849.) Puis, comme gage de cette reconnaissauce, le Père Général accordait au charitable docteur et à sa famille participation à toutes les bonnes œuvres de la Compagnie, en quelque partie du monde qu'elle se trouve « autant, disait-il, qu'il est en mon pouvoir ».

Au 1" juillet le Père Roothaan se trouvait à Dôle. Depuis qu'on y avait établi un noviciat, c'était une des grosses maisons de la Province. Au commencement de 1848, elle ne comptait pas moins de cinquante-trois personnes. Les novices partis lors de l'agitation de Février, la place fut occupée d'abord par un groupe de Juvénistes rhétoriciens sous la direction du Père Laurençot. Ils y étaient encore à l'arrivée du Père Général. Mais la Révolution faisait le tour de l'Europe, et la France devenait le refuge des Jésuites expulsés au Nord comme au Midi. En 1830 les Théologiens de Dôle avaient dû chercher asile au delà de la frontière ; en 1848, le mouvement se faisait en sens inverse. Rien n'est mieux dans la tradition de la famille d'Ignace de Loyola que ces alternatives. Le 2 septembre, le Père Jordan communique ses projets pour la répartition des arrivants: «Vais peut recevoir encore vingt Théologiens et quinze Philosophes ; mais c'est le maximum. Ne serait-il pas à propos de diriger dès à présent les Théologiens sur Dôle, les Philosophes sur Toulouse ? Nous

I. Le P. Francisque Laboré, né à Lyon le 21 mai 1826, élève de Fribourg, entré au noviciat le 3o octobre i843, mort à Lyon le 22 décembre 1S89.

avons à Dôle deux anciens professeurs de Fribourg...; s'il en vient quelques-uns d'Italie, nous y aurons une Faculté complète. Le Père Gloriot^ doit entrer en charge aujourd'hui ou demain; il sera Recteur du scolasticat, en attendant le rétablissement du noviciat. » Et six semaines plus tard : « Une lettre de la Galicie m'annonce douze jeunes gens. Après tant de bénédictions du ciel, je me garderai bien de les repousser. Nous les recevrons à Dôle gratis proDeo. » (18 Octobre 1848.)

Dôle eut en effet un cours de Théologie qui, dès cette première année, compta une quarantaine d'étudiants de nationalités diverses. Les professeurs étaient eux-mêmes Italiens ou Allemands; l'un de ces derniers, venu de Fribourg, était le Père Gaspard Rothenflue, théologien de marque, qui périt malheureusement empoisonné par mégarde dans un repas de vacances. (21 Août 1850.)

La Compagnie de Jésus ayant été bannie des États Sardes parla révolution triomphante, le Provincial de Turin avait dû lui aussi émigrer à Lyon d'abord, puis définitivement à Dôle. C'était le Père Francisco Pellico, frère cadet de l'auteur de Mie prigioni. Lorsque, à l'automne de 1849, on prit des mesures à Vais pour en finir avec la querelle ontologiste, on fit passer à Dôle les professeurs et étudiants de sa Province. Avec une pointe de malice, le Père Maillard écrivait : « Ces braves Piémontais y seront mieux sans doute, sous les yeux paternels de leur Provincial. » (9 Octobre.) Le chiffre des habitants de la maison atteignit soixante-dix, dont trente-six étaient prêtres. L'horizon politique s'étant rasséréné, les exilés purent, aux vacances de 1850, reprendre le chemin de la patrie, laissant la place libre pour le collège qui allait naître. En souvenir de l'hospitalité reçue, la colonie italienne donna à l'église

I. Le P. Joseph Gloriot, né le 29 avril 18 11, entré dans la Compagnie le 20 octobre i832, fut aumônier militaire de l'expédition de Crimée et mourut le 22 mai i855, à Constantinople, de la fièvre typhoïde contractée au chevet des soldats à l'hôpital de Péra. Il figure au Catalogue comme Recteur de Dôle, à partir du 27 août i848.

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