‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 11 sur 362 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

différentes maisons, en France ou en Belgique; vingt-deux sont partis pour les Missions étrangères... » — «Le nonce, poursuit le Père Rubillon, a écrit au Quirinal pour informer Sa Sainteté et le secrétaire d'État des dispositions prises dans l'une et l'autre Province, ajoutant que c'était l'exécution franche et trop large des promesses. Son Excellence m'a dit qu'elle espérait bien que l'on ne m'imposerait, ni au Quirinal ni au Gesù, rien de plus. »

Cependant Rossi s'agitait beaucoup à Rome; la Note du Moniteur, si différente de sa dépêche, lui faisait comprendre que ce qu'il avait obtenu ne répondait pas à l'attente ni aux vues du Gouvernement. Il fallait donc redoubler d'activité et tâcher d'obtenir davantage. Tout d'abord il se mit à presser l'exécution. Bien qu'il eût été convenu, comme il le déclarait lui-même, qu'on laisserait aux Jésuites tous les délais convenables, on le voit, en plein été romain, harceler le secrétaire d'État et se plaindre avec hauteur parce que, après un mois écoulé, on n'a pas encore appris qu'aucune maison des Jésuites soit dispersée. Il fait part à M. Guizot du peu d'empressement que le cardinal Lambruschini met à seconder ses désirs : « On a fait difficulté à accuser réception de la dépêche du ministre ' ; maintenant on tarde. J'espère qu'on ne m'obligera pas à demander officiellement si l'anarchie règne décidément dans l'Église et si le Pape est Grégoire XVI ou le Père Roothaan. » (18 Août.)

Le 22 août, en effet, le cardinal Patrizi, le môme qui avait été député au Père Général après la séance de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires, se présentait de nouveau au Gesù. Un billet que le

I. Il s'agit de Vaccasé de réception qui devait tenir lieu d'instrument authentique des arrangements convenus entre le cardinal secrétaire d'État et Rossi. Voir Tome II. Cb. XII, p. 660.

Père Roothaan lui adressait le lendemain nous apprend que le but de cette visite était de rappeler les promesses faites lors de la précédente :

« A peine, hier au soir, Votre Eminence était-elle sortie de ma chambre, une lettre me fut remise, écrite par le Supérieur de la maison de Paris à la date du 11 courant, et envoyée par je ne sais quelle occasion, car la poste n'étant pas sûre, nous en sommes réduits à ce mode de correspondance. Par cette lettre, dont j'envoie la copie ci-incluse à V. E. en raison des autres choses importantes qu'elle renferme, il constate que les Pères de la maison de Paris se sont divisés en six groupes; etc.. Je sais en outre que nous ne tarderons pas à être informés de l'exécution de tout ce qui a été prescrit. »

Le Révérend Père ajoute quelques réflexions trop graves pour ne pas trouver ici leur place :

« Au surplus, c'est avec la plus profonde affliction que je vois compromis l'honneur du Saint-Siège, sans qu'il en résulte aucun avantage pour la paix. Je dis compromis Vhonneur du Saint-Siège^ parce que, on a beau dire, personne ne veut croire que le Père Général ait pu, de son propre mouvement, prendre les mesures en question, sans une insinuation, un conseil équivalant à un ordre. Et de vrai, le Général a le pouvoir pour édifier, mais non pour détruire même une seule maison; combien moins encore pour mettre en ruine deux Provinces, et j'ajoute deux Provinces des plus florissantes et qui ont le mieux travaillé pour la gloire de Dieu! Le Gouvernement français ne laisse pas en efl'et passer une seule occasion d'affirmer que c'est du Saint-Siège que les concessions ont été obtenues, et il ne manque pas d'ajouter toujours que c'est du Saint-Siège qu'il en obtiendra la pleine exécution. Et comme à ces mensonges officiels on ne donne aucun démenti officiel, cette opinion si injurieuse au Saint-Siège s'aff'ermit de jour en jour. » (23 Août.)

Dans sa réponse datée du lendemain, le cardinal Patrizi remercie de la « communication » et promet d'en faire

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« l'usage convenable » [faro dehito uso) ; ce qui revient à dire qu'elle passera sous les yeux du Souverain Pontife. Gomme la lettre du Père Guidée dont le cardinal avait reçu copie était accompagnée d'un certain nombre de coupures de journaux français, il est à croire que tout ce petit dossier fut connu de Grégoire XVI et de ses conseillers intimes. 11 ne fut sans doute pas sans influence sur la détermination dont nous avons maintenant à parler.

Les exécutions de Paris et de Lyon n'avaient fait qu'attiser le zèle du plénipotentiaire. Le 25 août, le Pape s'était selon l'usage rendu à Saint-Louis des Français et s'était montré, paraît-il, plein d'attentions pour le représentant de la France. M. Rossi en triomphe dans la correspondance avec le ministre des Affaires étrangères; plus que jamais il est persuadé que Rome n'a plus rien à lui refuser. Du reste il parle haut et il s'en vante. Il a fait savoir, « dans les milieux influents, que des engagements ont été pris.., On sait que nous sommes résolus à aller jusqu'au bout, dussions-nous fournir par l'éclat de nos réclamations des armes aux ennemis du Saint-Siège et de l'Église. » (28 Août.)

Trois semaines se passent. M. Rossi annonce enfin la pleine victoire. Il a tant fait que le Pape en personne a dû mettre la main à l'exécution des Jésuites. Le secrétaire d'État lui avait fait part de la visite du cardinal Patrizi au Père Roothaan. C'était déjà un grand succès pour sa diplomatie. Mais voici mieux encore. Dans une lettre à M. Guizot, qui porte en vedette : Réservé, nous lisons : « A la démarche des cardinaux a succédé une intervention personnelle du Pape auprès du Père Général qu'il a mandé, averti et pressé. Depuis cette entrevue les hauts fonctionnaires de la secrétairerie d'État ont été en quelque sorte jourpar jour dépêchés au Gesù afin de surveiller, de hâter et de généraliser l'expédition des ordres prescrits et promis. Enfin, indépendamment des ordres émanés du Père Général, le Pape doit avoir envoyé en

France des instructions écrites et directes destinées à prévenir ou à réprimer toute pensée de résistance de la part des Provinciaux...

« Le troisième acte de notre drame me paraît joué, et j'ose ajouter que, grâce aux bévues de nos adversaires, il s'achève avec un succès dont les proportions, les conséquences et le caractère se sont visiblement agrandis. » (18 Septembre.)

Ce que le plénipotentiaire appelait un drame tournait décidément à la grosse comédie. C'était déjà un spectacle plutôt réjouissant que celui d'un quasi-ambassadeur harcelant pendant trois mois le ministre du Pape pour qu'il agisse auprès du Général des Jésuites, pour que ledit Général commande aux Jésuites français de se disperser de la façon que désire le Gouvernement français. Mais en outre, — les dates sont ici à remarquer, — au moment précis où le principal acteur faisait ainsi le glorieux, s'imaginant avoir mis en mouvement le Pape lui-même, toute la manœuvre si bruyamment menée était déjouée, sans qu'il s'en doutât, par la fermeté de Grégoire XVI. Inutile de dire que cette procession de hauts fonctionnaires entre la secrétairerie d'Etat et le Gesù, et surtout cette intervention du Pape pour empêcher les Provinciaux de France de résister à leur Général, sont des inventions qui confinent au burlesque. M. Guizot a compris sans doute que la lettre réservée de son chargé d'affaires ne lui faisait aucun honneur ; il ne la mentionne pas dans ses Mémoires.

A force d'intrigues et de menaces, il semble bien que ]\I. Rossi était parvenu à persuader « les milieux influents » qu'il était nécessaire de donner entière satisfaction au Gouvernement français. On connaissait ses intentions par la Note du Moniteur et le discours de M. Guizot. 11 n'y avait qu'à s'y confirmer. On pourrait croire qu'une insinuation en ce sens fut faite au Père Roothaan. En effet, le 12 septembre, le Général de la Compagnie de Jésus se présentait à l'audience pontificale. Il ne fut pas, comme dit la lettre « réservée », « mandé, averti et pressé » ; mais

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