CHAPITRE III
qui, hélas ! le précéda dans sa défection. Littérateur délicat et abondant, l'abbé Mullois se fit connaître dans la suite par ses publications, qui lui valurent de devenir aumônier de la cour impériale. On j voyait encore le Père Louis Bigot, fils de l'ancien ministre de Napoléon; il dirigeait à Metz l'œuvre militaire; sa distinction et l'aménité de son caractère lui avaient gagné la faveur des officiers et des grands chefs ^ Le Père INIodeste Boutillier était le confesseur préféré des prêtres de la ville et du diocèse. Par sa bonté, sa largeur d'esprit et la sagesse de son administration, le Père François Morin était parvenu à faire tomber beaucoup de préventions et à attirer à la Compagnie de Jésus la confiance du clergé de toute la région. Dès 1843, il pouvait écrire : « Notre cercle d'action va toujours s'élargissant, et maintenant nous sommes réclamés par six diocèses, dont un seul, celui de Verdun, suffirait pour absorber les efforts réunis de tous nos ouvriers. » (23 Juillet 1843.) Malheureusement ce Supérieur doué de qualités si précieuses était de santé débile. Obligé de quitter sa charge en octobre 1846, il allait mourir à Paris en octobre 1848, n'ayant pas encore cinquante et un ans. Il avait fondé la résidence de Metz en 1837, et après une courte interruption, en avait repris le gouvernement au 1" octobre 1842. Le saint évêque, Mgr Dupont des Loges, qui vint à Metz en 1843, le tenait en grande estime et affection, aussi bien que toute la famille de saint Ignace. Il devait en donner de nombreux et éclatants témoignages au cours de ses trente années d'ëpiscopat. Dès le début il manifesta ses sentiments dans une occasion qui mérite d'être rapportée.
En 1847, le général Foucher venait à Metz prendre le commandement de la division. 11 ne connaissait les Jésuites que pour avoir lu le Juif errant. Aussi l'œuvre militaire installée à la résidence lui parut-elle tout d'abord
I, Le P. Louis Bigot partit, lui aussi, pour la Mission de Cayenne, où il mourut quatre mois après son arrivée
une officine redoutable. Il donna l'ordre de relever les noms des soldats qui fréquentaient chez les Jésuites; la liste en fut affichée dans les quartiers. On s'attendait à des mesures plus radicales. L'évêque mis au courant invite le général, et en tête à tête lui fait une leçon de catéchisme sur les Jésuites, qui ne sont pas tout à fait tels qu'il plaît à M. Eugène Sue de les représenter. Le général, assez confus, paraît-il, promit à l'évêque de le consulter à l'avenir avant de prendre certaines décisions. Au moment où le Père Roothaan la visitait, la résidence de Metz jouissait d'une paix parfaite et, si l'on peut dire, de toute la prospérité qui convient à une maison d'hommes apostoliques. Elle comptait dix Pères occupés à un ministère très actif, comme en témoigne le bilan de leurs œuvres. Quelques mois auparavant, ils avaient perdu leur doyen, le Père Richardot que nous avons vu organiser la Province de France (1821-1824). Retourné en Galicie après 1830, il était venu terminer à Metz sa longue et laborieuse carrière; il s'éteignit le 5 mars 1849 âgé de quatre-vingts ans.
De Metz, le Père Roothaan passa à Cologne, puis visita les établissements de la Compagnie en Hollande et en Belgique; vinrent ensuite l'Angleterre et l'Irlande. Cette partie de son itinéraire ne rentre pas dans le cadre de notre Histoire. Chemin faisant toutefois il toucha Brugelette, Lille et Rouen. Ces deux dernières communautés comptaient parmi les fondations les plus récentes. Elles venaient l'une et l'autre de s'installer dans de meilleures conditions qu'au début : « Enfin, écrivait l'annaliste de Rouen en 1847, nous habitons une maison à nous et accommodée à nos besoins; nous avons une chapelle qui n'est pas grande, mais qui peut nous suffire. » Les Jésuites s'étaient fait leur place à Rouen, place humble et jnodeste, mais d'autant plus tranquille et sûre. Leurs ennemis ne les jugeaient pas dangereux. En 1845, l'un des plus ardents avait pris leur défense au conseil municipal :