CHAPITRE IV
spirituels, selon qu'il s'agit d'un retraitant unique, d'un groupe homogène ou de l'assemblée des fidèles. Avec une netteté et une précision parfaite, l'auteur montre que la spiritualité des Exercices est assez abondante et assez large pour se prêter aux adaptations les plus diverses et que, à condition de les bien comprendre, on peut les exploiter indéfiniment sans avoir à craindre ni la sécheresse ni la monotonie.
Le zèle pour le petit livre de saint Ignace allait être singulièrement stimulé par le premier Supérieur de la Compagnie. Le Père Roothaan peut en effet être regardé comme l'initiateur du mouvement qui a ramené les Jésuites du xix" siècle au culte des Exercices de leur saint fondateur. Lui-même l'avait reçu des anciens Pères de Russie au milieu desquels il avait été formé à la vie religieuse. Dès lors, par une application pieuse et persévérante, il avait pénétré les arcanes du trésor. Sur la fin de 1834, il adressait aux Pères et Frères de la Compagnie une Lettre encyclique sur « Pétude et la pratique des Exercices spirituels ». Là était, disait-il, le secret pour « faire passer le cœur des pères dans leurs fils, ad convertenda corda patrum in filios », en d'autres termes, pour rendre la nouvelle postérité de saint Ignace aussi semblable que possible à celle d'autrefois. Cette Lettre servait de préambule à une édition des Exercices, préparée par plus de vingt années de méditations et de recherches. Jusqu'alors l'œuvre du saint n'était guère connue que par la traduction latine du Père Frusius, laquelle avait les qualités et les défauts d'une composition d'humaniste, beaucoup d'élégance, peu de fidélité. Le texte original de saint Ignace était perdu, mais il existait une copie espagnole dont il s'était servi, qui portait des notes écrites de sa main et que pour cela on appelait V autographe ; cette pièce précieuse, perdue depuis longtemps, venait enfin d'être découverte dans les Archives un peu avant l'époque dont nous parlons. Le Père Roothaan, au comble de ses vœux, s'en était emparé, et avec la patience d'un érudit doublée
de la piété filiale, l'avait confrontée ligne par ligne avec la version latine vulgale^ dont il relevait au fur et à mesure les licences, pour ne pas dire les infidélités. Outre que certains passages obscurs s'éclaircissaient dans le texte espagnol, on y trouvait beaucoup plus de simplicité, mais aussi beaucoup plus d'onction. Ces motifs déterminèrent le Père Roothaan à en faire une traduction latine ausai littérale que possible. Par respect pour celle qu'un usage séculaire avait consacrée, il les publia l'une et l'autre sur deux colonnes parallèles. Au bas des pages des notes abondantes servent d'explication et parfois de commentaire.
Telle est cette édition des Exercices spirituels de saint Ignace qui parut pour la première fois à Rome en 1835 ^ Il n'est pas excessif de dire que ce fut pour les Jésuites du monde entier comme une révélation ; la pensée de leur Père leur apparaissait là, dépouillée de tout ornement, sans artifice de langage, et, si l'on peut dire, sans l'intermédiaire d'une parole humaine qui la travestit trop souvent en voulant la rendre présentable. Désormais on comprendrait mieux les Exercices, et par suite on s'y affectionnerait davantage. Quelques mois plus tard, le Père Loriquet écrivait au Père Roothaan : « C'est un cadeau précieux que vous avez fait à toute la Compagnie, en lui donnant enfin une traduction plus fidèle et plus exacte du texte original des Exercices de saint Ignace... Il suffira de la consulter pour y trouver la solution de bien des difficultés que la traduction ordinaire présentait aux yeux attentifs et aux têtes réfléchies qui, ne s'arrêtant pas à la superficie des choses, auront voulu en pénétrer le fond et n'y rien trouver que de digne de l'esprit qui a guidé la plume de notre saint patriarche. » (15 Juillet 1836.)
Le latin, même dans la version du Père Roothaan,
1 . Exercitia spirilualia Sancti P. Ignatii de Loyola, cum versione liiterali ex autographe hispanico. Romae, i835. S*, pp. xxviii-197. En guise de préface, la lettre encyclique De spiritualium Exercitiorum studio et usu.