I. Voir Tome I, p. A^A
CHAPITHE IV 201
autre prise sur la volonté pour la bonne ordonnance de toutes choses dans la vie. Aussi sera-t-elle toujours un besoin de l'âme pour les meilleurs parmi les prêtres, les plus intérieurs, ceux qui ont le plus de souci de la perfection de leur état. Témoin ce petit avis donné au Supérieur de la maison de Liesse : « Il faudra avertir les ecclésiastiques retraitants de ne pas publier, comme ils l'ont fait, la préférence qu'ils donnent à nos petites retraites sur les retraites pastorales qui se font au Grand Séminaire. » (1" Octobre 1846.) Partout où ils se sont établis, les Jésuites ont eu à cœur de procurer à leurs frères dans le sacerdoce ce moyen de sanctification qui comprend et résume tous les autres. Dans plusieurs maisons nous voyons quelque Père, d'ordinaire un vétéran, appliqué exclusivement à ce ministère, tel le vénérable Père Gury, à Dôle, qui y consacra les douze dernières années de sa longue carrière. Là, comme on l'a vu plus haut, sans aucune forme oratoire, on donnait vraiment les Exercices spirituels de saint Ignace, dans leur austère et féconde simplicité. Sur la fin de la période qui nous occupe, mille à douze cents prêtres environ les faisaient ainsi chaque année, dans les différentes maisons françaises de la Compagnie de Jésus.
Quantaux retraites pastorales prèchées dans les Grands Séminaires au clergé réuni de tout un diocèse, c'était un ministère qu'un petit nombre d'hommes seulement pouvaient aborder. Les Jésuites furent des premiers à s'y consacrer. Aboli par la Révolution, l'usage n'en fut repris que vers 18L8, sur l'initiative d'un Sulpicien, l'abbé IJoyer, oncle de Mgr Affre. Le Père Gloriot le suivit de près, ainsi que Mgr Piey, évê({ue d'Annecy. Ces trois hommes peuvent être considérés comme les restaurateurs d'une pratique aujourd'hui générale. 1830 en retarda encore le développement. En 1831, le Père de Ravignan prêchait en latin la retraite aux prêtres du Valais; à Beauvais le Père Guidée s'essayait, non sans effroi, à parler devant soixante prêtres et une centaine de séminaristes. C'est à partir de
1832, semble-t-il, que le mouvement gagne de proche en proche tous les diocèses. Le futur cardinal Gousset, d'abord évêque de Périgueux, déclarait en 1837 : « J'ai établi la retraite pastorale que l'on ne connaissait pas. » A cette même date Lacordaire écrivait de Rome que, prêtre depuis dix ans, il n'avait encore fait que deux retraites, et, ajoutait-il, «sans en retirer grand fruit». Ce fut seulement en 1842 que l'archevêque de Cambrai, Vi-gr Giraud, osa inviter aux Exercices spirituels les prêtres de son immense diocèse.
Dès lors on ne compte pas moins de sept à huit Jésuites appelés parles évêques pour évangéliser leur clergé. C'est peureux une période de tâtonnements. Comment dans ces conditions nouvelles donneront-ils les Exercices spirituels de saint Ignace? Quelle méthode adopter? Prédication ou méditation? Et quel règlement? Osera-t-on demander le silence? Faute d'expérience, on pouvait hésiter sur ces points et sur d'autres. Le Père Roothaan écrivait au Père de Ravignan quatre ans plus tard : « Peut-être était-on trop accoutumé à entendre prêcher la retraite. Quoique cette expression même me semble toujours une certaine coiitradictio in terminis, cependant il est vrai de dire que l'on est forcé de s'accommoder pro ratione personarum.y) Mgr Dévie, dont l'autorité était si grande, reprochait aux religieux de prêcher aux prêtres la perfection, alors qu'il faudrait leur parler de leurs devoirs. D'après le Père Renault, religieux sage et d'expérience, on ne devait pas se contenter de leur exposer les choses et leur laisser le soin de « se pousser »; il fallait secouer son auditoire, et donc parler avec animation, mais non point « faire de l'art » . Consulté par le Père Guillermet, le Père Gloriot lui répondait dans le même sens. D'autres inclinaient vers des systèmes plus doux, qui respectaient davantage l'autOQomie des retraitants, faisaient la part plus grande à leur action personnelle et semblaient ainsi plus conformes à l'esprit même des Exercices. En somme, chacun fut laissé libre de suivre son inspiration; il y eut des divergences,