‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 121 sur 362 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mais il ne paraît pas qu'on ait eu lieu de les regretter.

En 1844, les retraites pastorales étaient établies dans tous les diocèses de France ; le Père Druilhet pouvait écrire que, « sur quatre-vingts environ qui se font tous les ans, les Pères de la Compagnie en dirigent à peu près la moitié ». (4 Octobre 1844.) Au lendemain de la tempête de 1845, les Lettres annuelles comptent trente-deux diocèses où la retraite a été donnée au clergé par les Pères de la Province de Lyon. Dans une lettre circulaire de cette époque le Provincial de Paris écrit à ce sujet : « Travailler sous la direction des évéques à la sanctification de ceux mêmes qui sont chargés de conduire les fidèles dans le chemin du salut, c'est la plus grande grâce et le plus saint ministère que nous soyons appelés à exercer... Ce ministère, grâce à la confiance dont NN. SS. les évéques veulent bien nous honorer, s'étend tous les jours davantage, et d'année en année les demandes qui nous sont adressées pour la retraite sacerdotale deviennent plus nombreuses... C'est un motif pressant de bénir la Bonté divine qui veut bien se servir des ouvriers de la Compagnie pour exercer ce sublime et divin ministère. » (14 Avril 1844.)

Ceux qui en eurent la charge méritent de n'être point oubliés dans cette Histoire. Le Père Charles Gloriot ouvre la liste. 11 fut, comme on l'a vu, un précurseur. Ancien directeur du Grand Séminaire de Besançon, il avait de bonne heure appris à connaître le clergé des paroisses, ses besoins et le langage qu'il faut lui parler. Ses exhortations simples d'allure, mais fortement nourries d'Ecriture Sainte et de la doctrine des Pères de l'Église, n'étaient jamais banales. « Il nous sert de l'or en barres », disaiton après l'avoir entendu. Il prêcha plus de cinquante retraites pastorales, en un temps où l'usage en était encore rare. Le Père Pierre Goudelin, entré au noviciat en 1832 à l'âge de cinquante-quatre ans, fut bientôt un prédicateur recherché pour ces retraites. Le Père de Ravignan, son Supérieure Bordeaux, écrivait, le 9 juillet 1838 : «Le Père

Goudelin a commencé sa tournée de retraites ecclésiastiques ; il en a neuf à donner. » Et deux ans plus tard : « Le Père Goudelin a donné avec zèle et succès sept ou huit retraites ecclésiastiques. » (31 Décembre 1840.) Le Père Maillard avait débuté dans la carrière avec son entrain de caractère et son talent facile. Il y eût persévéré assurément et s'y serait distingué, si l'obéissance n'en eût disposé autrement. Il donnait en 1839, au Grand Séminaire de Viviers, sa quatrième retraite pastorale de l'année, quand le Père Gury lui apporta sa nomination de Provincial.

En 1843, MgrDupuch, le premier évêque d'Alger, conviait les prêtres de la colonie à suivre les exercices de la retraite. Ils se trouvèrent trente dans le grand salon de l'évéché. Le prédicateur fut le Père Barrelle. Pour luimême c'était son coup d'essai ; comme on le peut voir par la relation qu'en fit le vicaire général, M. Banvoy, ce fut aussi un coup de maître K Après Alger, ce furent Alby, Marseille et Lyon. Le Provincial écrivait le 20 octobre : « Son Eminence est venue avant-hier me remercier de l'excellente retraite que le Père Barrelle a donnée à son clergé. Il y avait plus de quatre cents prêtres ; auparavant à Alby, ils étaient plus de trois cents. Tous ont été pleinement satisfaits. C'est là une acquisition et une heureuse fortune de plus pour nos retraites pastorales ; le Père Barrelle les donne parfaitement. Le cardinal l'a redemandé pour 1846. » Après ce début, en l'espace de dix ans, dans plus de quarante diocèses les prêtres furent évangélisés par l'homme de Dieu. Lors de la première retraite à Viviers, raconte Mgr Guibert, « le succès fut complet au point que les prêtres présents, avant de se séparer, m'exprimèrent

I. La retraite commença le 9 juillet i8^3. « Il faisait, à cette époque de l'année, une chaleur exceptionnelle. Cependant personne ne céda au sommeil et chacun s'étonnait de pouvoir suivre ainsi immobile, pendant une heure chaque fois, la parole du prédicateur... Le P. Barrello nous donna ainsi quatre instructions chaque jour. La retraite dura une semaine entière; elle se termina le dimanche matin à la cathédrale... » (Vie du R. P. J. Barrelle, par le P. Léon de Chazournes. Tomel, p. 46 1.)

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