CHAPITRE IV
le Globe^ ne pouvait cependant se retenir de protester contre tant d'hypocrisie et de mauvaise foi.
Les Jésuites, il est vrai, se montraient adversaires résolus d'un rigorisme faux et malsain, aussi préjudiciable aux intérêts des âmes que contraire à l'esprit de l'Évangile et à la pratique même de l'Eglise universelle. C'est, comme on l'a remarqué, une des fonctions des Ordres religieux, essentiellement cosmopolites, ou pour mieux dire, catholiques, de réagir contre les tendances particularistes des Eglises locales et d'y faire circuler les courants qui rapprochent du centre et entretiennent l'unité '. Sous l'influence des idées gallicanes chaque diocèse de France en était venu à avoir sa forme spéciale pour la prière officielle et l'administration des sacrements. Le retour à la liturgie romaine est dû au restaurateur de la vie monastique en notre pays. C'est un service du même genre que lui rendaient les Jésuites en s'attaquant à la discipline janséniste ; si Ton ne peut dire, sans forcer la note, qu'ils rappelaient l'Eglise de France à l'unité catholique, du moins ils faisaient passer dans une atmosphère imprégnée des relents d'une erreur tenace un souffle d'air salubre, parce que vraiment catholique.
Ces restes du vieux jansénisme ils les rencontraient
I. î L'élément diocésain, laissé à lui-même, tombe très souvent dans la stagnation et engendre le marasme. Sous l'action continue de deux ou trois générations d'évêques, de vicaires généraux, de supérieurs de Séminaires, on a vu quelquefois le christianisme, qui est si grand, si large, se rapetisser, se rétrécir. Il arrive alors que la chose catholique s'est localisée, particularisée ; une fraction de l'Église s'est trouvée avoir sa discipline, sa forme de prière, sa morale, sa casuistique et jusqu'à un certain point sa dogmatique distincte du reste de la chrétienté. Les réguliers qui sont cosmopolites, qui n'ont pas sucé le lait d'une nourrice particulière, mais qui se sont nourris aux mamelles de l'Eglise catholique, et surtout de l'Eglise romaine, sont parmi nous très utiles pour réagir contre ce genre de particularisme. Dans l'atmosphère épaisse et renfermée de la vie diocésaine, l'élément religieux est un ventilateur qui renouvelle et épure l'air, en y établissant des courants salutaires. » (Paroles du cardinal Pie à Pie IX. Cf. Esprit et vertus de Eug. de Maxenod, par P. BafTier, p. 538.)
partout, au Nord comme au Midi, à Paris, à Cambrai, à Amiens, à Vannes, aussi bien qu'à Lyon, au Puy ou à Toulouse : « L'influence janséniste dont vous parlez et qui s'exerce à Paris surtout, écrit le Père Roothaan au Père de Ravignan, n'est malheureusement que trop sensible. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait eu quelques réclamations au sujet de votre doctrine. » (13 Mai 1843.) « Le diocèse de Bourges, écrit vers le même temps le Supérieur de la résidence, ressemble assez à un pays de Mission. Un dur et froid jansénisme pratique règne depuis longtemps dans le clergé et tend, contre l'intention des prêtres, à diminuer le peu de foi qui subsiste parmi les populations apathiques des campagnes. C'est là la plaie principale; elle est profonde, et il en découle bien des maux... » (1" Octobre 1842.)
Partons les moyens en leur pouvoir les Jésuites s'efforçaient de conjurer ces maux et de guérir la plaie où ils prenaient leur source. Partout où s'exerçait le ministère des prêtres de la Compagnie, les sacrements étaient remis en honneur, la communion fréquente rentrait dans les habitudes des âmes pieuses, la dévotion au Sacré Cœur faisait son œuvre de confiance et d'amour. Une médication plus radicale était celle qu'ils entreprenaient auprès du clergé dans les retraites privées ou publiques. Là il s'agissait d'aller à l'encontre de la tradition établie par un long usage et consacrée par l'enseignement du Séminaire ; la tâche des religieux était singulièrement délicate ; il leur fallait user de beaucoup de circonspection et de ménagements. Voici comment on procédait, d'après les Annales d'une résidence où, deux fois par mois, un groupe d'ecclésiastiques faisaient les Exercices spirituels : « A la conférence de l'après-midi, on lit la Bulle de Léon XII pour le jubilé de 1826. On fait remarquer qu'elle s'adresse à toute l'Eglise et que les règles qu'elle contient pour les confesseurs s'étendent à tous les temps ; on insiste sur les expressions sévères qui visent les rigoristes. Si des objections sont formulées, on évite de faire soi-même la