‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 139 sur 362 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

naient d'être faites à Rome et en Belgique. » (23 Avril 1851.) Les antécédents de l'auteur, l'estime dont il jouissait auprès de ceux qui avaient reçu son enseignement influèrent sans doute sur le verdict des censeurs.

L'Abrégé de Théologie morale du Père Gury parut à Lyon chez l'éditeur Périsse*, et dès l'abord fut accueilli avec une faveur marquée. Mais la critique ne tarda pas à s'éveiller; la doctrine était trop ouvertement ligorienne pour ne pas exciter la bile des tenants attardés du rigorisme janséniste ; l'ouvrage avait des parties faibles ; plusieurs, dans la Compagnie surtout, le constataient avec regret. Les réclamations affluèrent, au point que le Père Roothaan en vint à écrire au Provincial de Lyon : « Le Compendiiim me pèse toujours sur le cœur et sur la conscience...» Et il demandait de surseoir à la seconde édition qui se préparait; c'était moins d'un an après l'apparition de la première. Dans l'entourage du Père Général la sévérité allait même à ce moment jusqu'à demander la suppression totalede l'ouvrage. C'était vraimentpousser trop loin. Une liste assez longue de retouches plus ou moins minutieuses fut envoyée de Rome; elle a été conservée aux Arc^hives; c'est une belle réponse aux accusations de doctrines relâchées qui seraient en usage dans la Compagnie de Jésus. Grâce à l'humble docilité de l'auteur, le Compendium put poursuivre une carrière qui ne fut égalée par aucun livre du même genre. Avant la fin de 1852, 7.000 exemplaires avaient été écoulés en France; deux ans plus tard, c'étaient 15.000. L'année 1866 voit paraître la dixseptième édition française. Parallèlement se multipliaient les éditions étrangères ou contrefaçons, non encore interdites par les conventions internationales. On en compte cinq en Belgique, cinq en Allemagne, deux à Naples et à Palerme, une à Rome et une à Barcelone.

Plus tard la diffusion se continue sous une autre forme.

I. Compendium Theologix moraUs. a vol. in-i8, pp. xiii-Bga et 596. Lyon, Périsse frères. i85o.

L'ouvrage du Père Gury sert de thème à des professeurs, peut-être plus savants que lui, qui le commentent, le complètent et renforcent son texte d'un appareil scientifique qui lui manque. Le modeste Compendimn devient ainsi le noyau de toute une littérature de Théologie morale, laquelle porte les noms de Gury-Diimas, Gury-Ballerini, Gury-Bulot, etc. De fait, dans sa simplicité native, il pouvait paraître léger de poids, et, comme disait un maître fameux, « avoir les nerfs coupés ». C'est apparemment, plus encore que les imperfections de détail, ce qui explique les appréhensions, pour ne pas dire les oppositions, qu'il suscita tout d'abord chez plusieurs théologiens de la Compagnie. Il faut dire que, dans le plan de l'auteur, il ne devait pas aller seul; V Abrégé portait bien son nom ; mais l'œuvre entière allait suivre. Le Père Gury lui-même écrivait, le 15 janvier 1854 : « Le grand ouvrage est prêt, revisé, approuvé, il est annoncé dans la Préface du Compendium... » Malheureusement les infirmités qui Fempêchèrent de retourner à Rome, où on le réclamait avec insistance, ne lui permirent pas les longs et lourds travaux qu'eût exigés cette publication. Dès l'automne de 1852, dans une lettre touchante au Père Général, il lui fait confidence de l'état de dépression où l'a laissé « le grand orage qui a plané sur sa tête » . Allusion aux tribulations que lui a attirées le Compendium., q\. aux graves conséquences qu'à certains moments on lui a fait entrevoir. Il a commencé sa vingtième année d'enseignement avec le même goût que les premières ; cela ne lui coûte pas; mais « il n'étudie plus... Les grands cahiers dorment en paix... » 11 ne les réveillera pas. Pendant que les éditions de son livre se succédaient d'année en année', portantson nom jusqu'aux extrémités du monde, l'humble religieux continua à faire sa classe au scolasticat de Vais, n'ayant pour distraction que d'aller de temps à autre

i.Ily avait ajouté les deux volumes de Cas de conscience : Casiis conscientiœ in prxcipuas qusestiones Théologie moralis, dont une première édilion parut au Puy, en i86"^. Elle fut suivie d'une multitude d'autres.

Page 1