CHAPITRE IV
évangéliser les pauvres gens des montagnes d'alentour. La mort le surprit dans l'exercice même de ce charitable ministère, au village de Mercœur, le 18 avril 1866 '.
Rien, dit-on, n'est plus difficile à faire qu'un bon Manuel. Il faut tout d'abord posséder une science à fond pour la résumer en formules claires et précises qui la mettent à la portée du public. C'est le service que le Père Gury avait rendu au clergé par son Compendium de Théologie morale, et c'est ce qui explique le succès prodigieux de ce livre, dont Pie IX disait : « Il a la fortune d'un roman à la mode. » Il en fut à peu près de même de celui qu'élaboraient, aux alentours de 1850, trois confrères du professeur de Vais; livre indispensable à quiconque entretient commerce avec les Saintes Ecritures. Les Concordances de la Bible ne manquaient pas assurément ; mais ce qu'on n'avait point encore imaginé, c'était un Manuel, de volume médiocre et d'usage facile. Trois Jésuites lyonnais entreprirent une nouvelle Concordance sur un plan qui répondait à ce besoin. L'exécution demandait non pas du génie, mais beaucoup de patience et de soins minutieux. Les trois collaborateurs apportèrent à leur tâche assez d'exactitude pour pouvoir promettre un exemplaire de leur œuvre à quiconque y signalerait une erreur dé chiffre. Si l'on songe qu'il s'agit de 1.500 colonnes, renfermant chacune 70 références, indiquées par deux et trois chiffres chacune, on comprendra quelle somme de travail représente l'établissement d'un tel répertoire. La Concordance des PP. de Raze, de Lachaud et Flandrin parut pour la première fois
I . Sous la signature du P. Pierre Toulemont, les Etudes ont public une notice sur le P. Gury. Tome XIX, p. 5ga. 1867. Le Père Jean-Pierre Gury était neveu du Père Jean-Baptiste Gury, l'ancien maître des novices de Montrouge. Son frère, le Père Joseph Gury, parti pour la Mission de Madagascar, mourut prématurément à Bourbon le 2 aoùl i853. L'aîné des trois frères, Donat Gury, entré le premier dans la Compagnie, dut être rendu à sa famille, un excès de travail l'ayant rendu inanité aux études. Leurs deux sœurs se tirent religieuses.
en 1851, sous les auspices du cardinal de Bonald^ Souvent réimprimée depuis lors, elle atteignait en 1916 sa dix-septième édition, ce qui est certainement un record pour un ouvrage de ce genre.
Nous passons sous silence plusieurs écrits de Théologie mystique, œuvres des PP. Fressencourt, Lyonnard, Mallet, Nampon, Pouget, Possoz, etc. ; mais nous ne pouvons oublier celui à qui la France doit d'avoir connu enfin et de posséder dans sa pureté et son intégrité la doctrine de l'illustre réformatrice du Garmel. Le 25 août 1846, le Père Marcel Bouix écrivait au Père Général : « On vient de donner une nouvelle édition des œuvres de sainte Thérèse, et c'est la traduction de Robert Arnauld d'Andilly qu'on a choisie. L'on a mis en tête une Vie de la sainte, écrite par Villefort, autre écrivain janséniste bien connu. C'est donc un fait que sainte Thérèse ne nous est guère connue en France que par le Jansénisme, et ce fait est un scandale pour la piété... L'ancienne Compagnie, aussi bien que l'épiscopat, sembla se rendre complice du scandale en gardant le silence, et ce fut une tache pour elle et un oubli injurieux à cette grande sainte de ne pas publier une traduction fidèle de ses œuvres. » — Le Père Marcel Bouix voulut donc réparer le péché d'omission qu'il reprochait à ses confrères. D'assez longs séjours en Espagne l'avaient initié à la langue en même temps qu'à l'admiration fervente de sainte Thérèse. 11 lui dévoua sa vie. Dès 1848, il fit paraître en Belgique des essais de sa traduction ; quatre ans plus tard, il publiait à Paris le premier volume de la belle édition des Œuvres complètes ^. Le troisième et le dernier porte la date de 1856. Vinrent
1. Concordantiarum SS. Scripturae Manuale. Editio in commodissimuni ordinem disposita et cam ipso textu sacro de verbo ad verbuin sexies collata. Aiictoribus PP. de Raze, de Lackaud et Flandriii, Societatis Jesu Presbyteris . Opiis dicatam II. DD. Cardinali de Bonald archiepiscopo Lugdunensi et ab ipso ajoprofcafum. In-S", pp. viii-'jôi. Paris, Lecoffre, i85i.
2. Oeuvres de Sainte Thérèse, Paris. Julien, Lanier et C'% i852.