CHAPITRE IV
mier essai parut en 1841, l'année même où commençait la splendide publication des Vitraux de Bourges. Dès lors il ne se passe guère d'année qui ne voie éclore quelque œuvre nouvelle signée du Père Prat. C'est, en 1843, V Histoire de saint Irénée^ second évêque de Lyon, docteur de l'Église et martyr'^ ; en 1845, il a préparé un livre sur l'Université ; il s'efface devant son confrère le Père Deschamps, mais il met au jour un Essai historique sur la destruction des Ordres religieux en France au xxiii^ siècle. L'année suivante c'est V Histoire de saint Jean de Matha et de saint Félix de Valois^ fondateurs de l'Ordre de la Très Sainte Trinité pour la rédemption des captifs. En 1847, c'est un gros in-4° de plus de mille pages qui forme le tome XIX de V Histoire de l'Eglise gallicane du Père Berthier ; en 1851, le Père Prat donnait pour le tome XX l'Histoire du Concile de Trente. Entre temps il avait publié, par manière de délassement, deux volumes de biographies édifiantes, Éléonora de Gaulmyn et Vie du Père Paul-Antoine Dauphin^ inissionnaire dans le Vivarais et le Velay. Ainsi débutait cet historien à la plume féconde. Après 1850, le Père Prat put encore écrire l'espace de quarante années, dont il est bien permis de dire que, grâce à une régularité méticuleuse dans l'emploi du temps, pas une minute ne fut perdue. Il fouilla les bibliothèques de France, d'Italie et d'Espagne, recueillit une énorme quantité de notes, transcrivit d'innombrables pièces d'archives et composa une quinzaine de forts volumes, sans compter une multitude d'oeuvres inédites intéressant surtout sa famille religieuse.
Nous avons parlé déjà du Père Louis Lambillotte et de son abondante production musicale. Ses oratorios, ses cantiques surtout qui ont rendu son nom populaire dans le monde entier, ne sont pourtant pas son meilleur titre de
i. ln-8', pp. 48o-Lxxviii. Lyon, Pélagand, i843.
gloire aux yeux de l'Église et de la science. « La restauration du chant grégorien, dit son biographe, c'est-à-dire la plus belle partie de la Liturgie romaine, fut la maîtresse œuvre de Louis Lambillotte^ » Dans cette entreprise hérissée de difficultés, qui sollicite toujours lesérudits, il fut un ouvrier de la première heure. L'unité liturgique, rétablie sur l'initiative de Dom Guéranger, appelait l'unité du chant ecclésiastique, laquelle ne pouvait être réalisée qu'à la condition de faire revivre le chant grégorien. On en avait depuis des siècles perdu la tradition ; et comment la retrouver sous les lourdes et informes mélopées qui en avaient pris la place dans nos églises? C'est cette recherche patiente et passionnée qui occupa le meilleur de la vie du Père Lambillotte et qui remplit exclusivement ses dernières années.
Pour se rapprocher autant que possible des sources antiques, il compulsa une infinité de manuscrits dans presque toute l'Europe. Aux vacances de 1848, il put mettre la main, au monastère de Saint-Gall en Suisse, sur une copie authentique de l'Antiphonaire autographe de saint Grégoire, faite vers l'an 790 et envoyée à Charlemagne par le Pape Adrien P*". Il a raconté lui-même tous les détails de sa bienheureuse aventure, et comment il réussit, en dépit des règlements, à faire reproduire pour son usage « cette pièce unique au monde ». Les mélodies de saint Grégoire y sont notées en caractères inconnus. Mais, grâce à ses études antérieures, à force de rapprochements, de confrontations, de procédés industrieux qui rappellent Ghampollion devant les hiéroglyphes, le Père Lambillotte parvint à déchiffrer cette écriture mystérieuse. En 1851, il publia le Fac-similé du Manuscrit de Saint-Gall, accompagné de plusieurs^'Appendices : Notice historique. Dissertation donnant la clef du chant grégorien^, etc. L'Académie honora
1. Mathieu de Monter, Louis Lambillotte et ses frères, p. g3.
2. Antiphonaire de saint Grégoire. (Copie authentique de l'autographe, écrite vers l'an 790.) Accompagné : 1° d'une Notice historique; 2" d'une Dissertation donnant la clef du chant grégorien ; 3° de divers