‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 146 sur 362 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'ouvrage d'une mention ^/-è^ honorable; la Société des Antiquaires de France admit l'auteur au nombre des associé s correspondants, en même temps que le pape Pie IX lui adressait un Bref de félicitations. Il pouvait désormais s'adonner tout entier à la tâche qui lui tenait à cœur, la réforme du chant liturgique, conformément à la pure tradition grégorienne retrouvée. Il prépara donc un Antiphonaire nouveau qui parut en deux éditions, l'une in-folio pour le lutrin, l'autre de format manuel avec la double notation en plain-chant et en musique moderne ^

L'entreprise du Père Lambillotte était sans doute trop ambitieuse; il ne s'agissait de rien moins que d'une révolution dans les habitudes du peuple et du clergé. Les contradictions et les oppositions ne se firent pas attendre. Le Jésuite dut soutenir des controverses, défendre sa thèse, discuter et polémiquer. Une Commission fonctionnait alors pour la refonte des livres de chant, sous le haut patronage des cardinaux archevêques de Reims et de Cambrai, appuyée par une portion considérable de l'épiscopat. Avec desviséesmoins radicales son œuvre devait prévaloir; celle du Père Lambillotte avait le tort de devancer l'heure; l'opinion n'était pas mûre pour la réforme dont il donnait le signal; on devait y revenir plus tard. Pour lui, il mourut, le 22 février 1855, on peut bien le dire, en pleine bataille.

Bataille d'idées, il est vrai, aussi bien que celles qui se livrent dans le champ de l'archéologie, de l'art ou même de la Théologie; les blessures qu'on y reçoit ne sont pas meurtrières. D'autres luttes se livraient alors dans des

monuments, tableaux neumaliques inédits, etc., par le R. P. Louis Lambillotte, de la Compagnie de Jésus. In-4°, Bruxelles. Greuze, i85i, (Le /ac-sJm/Ze occupe les pp. 25-i56.)

I. Antiphonarium romanum, quod ad cantiim attinet, ad priorem mstitutionein et gregorianam formant ex veteribus manuscriptis undique colleclis necnon ex vnlgatis recentiorum editionihus recensait, usai adaptavit, duplici noiatione donavit P. Ludovicus Lambillotte e Societate Jesu, Paris, A. Leclère. S. D.

régions moins sereines. Les Jésuites ne pouvaient se dispenser d'y prendre part ; car il y allait de l'existence même de leur Institut. On a vu le Père Deschamps lancer au fort de la mêlée son livre du Monopole^ comme un projectile de grosse artillerie; plusieurs autres suivirent; l'infatigable lutteur ne laissait aucune attaque sans riposte. De 1843 à 1850, il ne publia pas moins de sept à huit volumes sur les questions du jour, et en particulier sur la liberté d'enseignement. De son côté le Père Cahour répondait aux diatribes de Michelet et de Quinet, dans son livre Des Jésuites^ par un Jésuite. Le Père de Ravignan lui-même, qui recommandait si fort à ses confrères l'effacement et le silence, se vit par la force des choses engagé dans le combat. L'effroyable campagne de calomnies déchaînée contre l'Ordre de Loyola rendait nécessaire l'exposé sincère de la vérité historique. Le conférencier de Notre-Dame, l'auteur de l'opuscule sensationnel sur V Existence et l'Institut des Jésuites, paraissait tout désigné pour mener à bien cette œuvre décisive. Il s'en occupait, en effet, avec l'aide de plusieurs collaborateurs. Le 7 juin 1844 le Père Roothaan lui écrivait : « Le succès de votre ouvrage est tel que, si l'Apologie dont vous esquissez le plan dans votre lettre, doit être publiée, elle ne peut l'être que par vous. » Cette Apologie toutefois ne vit pas le jour. Apparemment on jugea qu'elle eût fait double emploi avec l'Histoire de Grétineau-Joly.

Un autre sujet avait été mis à l'ordre du jour dans la presse et à la tribune des Chambres, la liberté de l'Eglise. Montalembert l'avait abordé maintes fois avec l'éclat de son éloquence. Restait à la traiter d'un point de vue doctrinal et plus rigoureux. On voit par la correspondance du Père de Ravignan qu'il y consacrait ses loisirs de vacances au scolasticat de Vais. Chemin faisant, il rencontrait plus d'une question qu'il n'était pas possible d'esquiver, mais que l'on ne pouvait guère toucher sans éveiller des susceptibilités ombrageuses. Le 6 février 1845, le Père Boulanger annonce au Père Général que

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