I. Au P. Charles Rion, ii octobre i
ne paie plus à la mort le cruel tribut des premières années. A en juger par certaines confidences des missionnaires, le Supérieur qui avait présidé à leurs débuts au Maduré n'était peut-être pas sans quelque responsabilité dans les malheurs qu'on avait eu à déplorer. Le Père Joseph Bertrand appartenait à cette race de saints qui semblent ignorer les limites des forces humaines : « Une poignée de riz et de l'eau, avait-il coutume de dire, c'est tout ce qu'il faut à l'apôtre dans l'Inde. » Avec cet ordinaire on conçoit que des Européens devenaient rapidement une proie pour les maladies qui désolent ces contrées. Le Père Garnier lui avait succédé depuis moins d'une année, lorsqu'il succomba d'épuisement. (5 Juillet 1843.) La perte semblait irréparable : « Les missionnaires, écrivait le Père Maillard, sont démoralisés, anéantis... Ce cher et admirable Père Garnier, qui le remplacera? » Le fardeau retomba sur les épaules du Père Bertrand, mais pour quelques mois à peine. Lui-même était à bout de forces ; les médecins jugèrent que, sans un prompt retour en Europe, il n'y avait aucun espoir de le sauver. 11 arrivait à Rome sur la fin de juin 1845, fort à propos, écrivait le Père Général, pour défendre « les intérêts de sa chère Mission ». Il s'y emplo3^a avec son activité ordinaire, comme s'il ne fût venu que pour cela et qu'il n'eût pas eu à refaire une santé délabrée ^ Moins
I . Entre autres graves questions que l'on examinait alors à la Propagande il y avait celle du tei-ritoire à assigner à la Mission du Maduré. Le vicaire apostolique de Pondichéry avait député à Rome pour cette affaire l'abbé Luquet. Celui-ci venait de publier son livre sur les Missions étrangères. Il y reprochait aux anciens missionnaires de la Compagnie de Jésus d'avoir négligé la formation d'un clergé indigène. Cette accusation allait à rencontre de la vérité historique, et de plus elle créait un préjugé fâcheux pour les nouveaux missionnaires. Le Père Bertrand y répondit dans un article du Correspondant, ^b octobre iS^^ : De la formation du clergé indigène, etc., publié à part, chez Sagnier et Bray. 8°, pp. 5i, A la même date, il faisait paraître le premier volume de son grand ouvrage La Mission du Maduré d'après les documents mé- <i{7s. Après en avoir pris connaissance, le Père Roothaan écrivait : « Il y a, au commencement surtout, des lettres des premiers fondateurs