CHAPITRE V
De fait, le 17 avril 1845, le Père Maillard annonçait que huit « futurs Indiens » se réunissaient à Bordeaux, prêts à prendre la mer et bien résolus à faire dans la Mission un service durable. Mais, hélas ! malgré ces bons propos, le Maduré réservait encore un tombeau à plus d'un arrivant. En prenant possession de sa charge, le Père Jordan, successeur du Père Maillard, apprenait la mort de quatre missionnaires, emportés par le choléra en moins de quinze jours. Le 5 octobre 1846, il écrit au Père Général : « Je commence mon administration dans la douleur. Encore quatre de nos braves viennent d'être frappés au Maduré : le Père Audibert, un sujet de grande espérance, capable d'être un jour à la tête de cette belle Mission ; le Père de Saint-Ferriol, qui s'était arraché l'année dernière aux larmes de ses parents; il lui fallait, disait-il, non seulement le soleil du Maduré, mais encore le choléra ; le Père Barret qui nous avait quittés, il y a quelques mois, avec un zèle et un contentement inexprimable ; le Père O'Kenny, que je ne connaissais pas... Dès aujourd'hui, second jour de mon provincialat, je pense à un envoi de missionnaires aux Indes. Espérons, mon Très Révérend Père, que Dieu bénira enfin cette Mission de douleur et que, après les larmes, viendra la riche moisson. J'irai à A'^als la semaine prochaine, et je suis sûr que je trouverai dans ces jeunes cœurs un élan d'autant plus vif pour les Missions qu'il s'y trouve plus de dangers et de sacrifices. » — Et quelques jours plus tard à un candidat presque quinquagénaire, le même Supérieur fait cette réponse : « Accepterons-nous votre demande mon bon Père, je ne le pense pas... Mais je bénis la Providence qui nous console en même temps qu'elle nous afflige. Les demandes pour les Missions surgissent avec les besoins. Nous n'avons qu'à choisir ^.. »
D'ailleurs l'expérience commençait à porter ses fruits ; grâce à un régime plus sage, le personnel de la Mission