‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 164 sur 362 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

les documents. La Compagnie de Jésus devait avoir dans ses Missions bien d'autres vicaires apostoliques; ce qui avait été réglé pour celui du INIaduré forme ce qu'on pourrait appeler le statut de ces Jésuites devenus évéques par ordre supérieur, contrairement à leur vocation et à leurs vœux. On y voit, d'autre part, que le Général n'a pas dans l'Église la puissance que certaine légende lui attribue; celui qu'on appelle le Pape noir est parfois obligé de défendre, sans toujours y réussir, les Constitutions de son Ordre, contre des préventions dont les cardinaux euxmêmes ne sont pas toujours exempts. Gomment le vénéré Père Roothaan remplissait ce devoir de sa charge, luimême l'insinue en écrivant au Provincial de Lyon : «...Souvenons-nous toujours que la Sacrée Congrégation de la Propagande est l'organe du Saint-Siège, auquel nous sommes liés vinculo iiidissolubili. A nous d'éclairer, dans les circonstances, sur le véritable état des choses, le Saint-Père et la Sacrée Congrégation, avec respect toujours et soumission. Vir obediens loquetur victorias. » (28 Octobre 1846.)

Nous ne pouvons quitter le Maduré sans parler du collège Saint-Joseph, devenu aujourd'hui le joyau de la Mission. Sitôt qu'ils y furent solidement installés, les Jésuites se préoccupèrent de créer un établissement qui fut tout à la fois une pépinière pour le recrutement du clergé et une école pour les enfants de familles créoles ou européennes. Quant aux Indiens, ils ne sentaient alors pour l'instruction ni goût ni désir. C'est pourquoi on ne songea point tout d'abord à établir le futur collège à Trichinopoly, mais plutôt dans une ville de la côte. Colombo, dans l'île de Ceylan, fut l'objet des premières négoeiations, puis le choix se fixa sur Négapatam. Les classes y furent ouvertes au mois de septembre 1844, par le Père Audibert, ancien professeur à Fribourg. Déjà on pouvait entrevoir un avenir prospère, lorsqu'une terrible épreuve vint mettre à néant toutes les espérances. Au cours de la seconde année le choléra s'abattit sur le collège;

trois Pères et deux élèves furent enlevés dans les derniers jours de juillet 1846; il fallut rendre les autres à leurs familles. Sans se décourager toutefois, le Père Saint-Gyr se transportait dans un endroit plus sain, y élevait un vaste hangar couvert en feuilles de cocotier, y aménageait chambres, chapelle, réfectoire, dortoir, salles de classe, etc., et au mois de novembre, on y reprenait la vie de collège. Tout alla bien pendant deux ans; pendant la nuit du 11 septembre 1848, un incendie dévora en quelques instants la frêle bâtisse. Les schismatiques pensaient bien être débarrassés des Jésuites; mais bientôt s'élevait une construction moins rudimentaire, encore que bien modeste; en 1852, un cyclone en renversait une partie considérable.

A travers toutes ces vicissitudes et de profondes modifications introduites dans l'enseignement, le collège de Négapatam grandissait ; il compta jusqu'à 420 élèves. Le moment vint pourtant où il ne répondait plus aux exigences nouvelles ; alors un homme d'initiative, le Père Barbier décida le transfert de Saint-Joseph au centre de la Mission. Le collège de Trichinopoly ouvert en 1883 avec 781 élèves, en réunissait 2.212 pour l'exercice 191.5- 1916, avec un personnel de plus de cent professeurs. C'est assurément le plus populeux des établissements d'éducation que la Compagnie dirige dans le monde.

C'est le 21 novembre 1843 que le Père Maillard avait lancé son Appel aux Braves pour les deux Missions des Indes et de la Syrie confiées à la Province de Lyon; moins d'un an plus tard, le 14 juin 1844, en la fête du Sacré-Cœur, un ordre du jour du même genre partait d'Avignon où le Px-ovincial faisait sa visite canonique. 11 débute en s'excusant d'une récidive aussi audacieuse : « Si le zèle, dit-il, n'était pas cette flamme qui ne cesse de brûler sur

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