‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 165 sur 362 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la terre comme elle brûle dans les cieux; si les œuvres apostoliques, leur multitude et leur variété, au lieu de l'afFaiblir, ne servaient pas au contraire à l'accroître et à l'alimenter, oserais-je aujourd'hui présenter à notre petite Province la grande et belle Mission qui est proposée à son inépuisable générosité?.. »

Cette nouvelle INIission n'était autre que Madagascar, « si admirablement placée sous la main de notre chère Province, poursuivait le Père Maillard, qu'elle occupe la route môme que doivent souvent parcourir nos ouvriers et amis de la Chine et du Maduré ».

La grande île africaine n'a pas dans l'histoire de l'apostolat une place en rapport avec son étendue et sa population. Des essais de conquête politique et religieuse tentés au xvi® et au xvii* siècle il ne restait guère que des souvenirs, quand vers 1820 les sociétés anglaises d'évangélisation y établirent le protestantisme. En 1830, deux prêtres français, l'abbé de Solages et l'abbé Dalmont entreprirent la conversion de Madagascar à la foi catholique. C'était un rêve héroïque et humainement insensé. Les deux amis débarquaient à Bourbon le 7 janvier 1831- Au mois de juillet 1832, l'abbé de Solages abordait sur la Grande Terre avec un catéchiste et un serviteur; au bout de quelques jours le catéchiste l'abandonne, son domestique meurt. L'apôtre ne perd pas courage, mais de Tananarive ordre royal est donné de l'arrêter. Le 8 décembre 1832, le premier préfet apostolique de Madagascar expirait dans une pauvre case, de misère et de faim.

Demeuré seul l'abbé Dalmont poursuivit l'œuvre sans défaillance. A plusieurs reprises, pendant dix ans, il séjourna en différents points de la côte, enseignant et baptisant les indigènes, mais sans pouvoir jamais s'y établir. Comprenant qu'il ne ferait rien de durable sans le secours d'une société religieuse, il vint en France en chercher une qui voulût bien partager son pénible ministère. Une lettre du Père Maillard nous fait connaître ses projets et ses négociations : « Le préfet apostolique de

Madagascar est venu réclamer le secours de la Compagnie pour une grande et belle œuvre qu'il médite dans Tintérêt de l'immense contrée dont il est chargé. Il voudrait établir un collège, où se formeraient des catéchistes destinés à instruire les pauvres nègres et déjeunes clercs qui plus tard deviendraient un clergé indigène pour ce malheureux pays. » (14 Avril 1844.) Ces intentions, disait encore le Père Maillard, « ont rencontré des encouragements à Bourbon et à Paris. A Bourbon la famille de Villèle offre le local pour le futur collège, mais à la condition expresse qu'il sera confié à la Compagnie. » A Paris, M. Dalmont n'avait guère recueilli que de bonnes paroles. Ni les Lazaristes, ni les Pères du Saint-Esprit, ni le Provincial des Jésuites n'avaient pu entrer dans ses vues. Déjà en 1841, l'abbé Poncelet, préfet apostolique de Bourbon, pressé par d'anciens élèves de Saint-Acheul, très influents dans l'île, avait tente d'y établir une résidence de Jésuites français; elle eût servi de procure à la Mission du Maduré; il n'était pas question alors de Madagascar. On était convenu que le poste serait attribué à la Province du Midi ; le Père Maillard avait accepté ce nouveau champ d'apostolat. (3 Décembre 1841.) Mais pour lors l'affaire n'eut pas de suite.

Parti pour Rome, l'abbé Dalmont trouva au Gesù l'accueil le plus favorable. Pleins pouvoirs furent donnés au Provincial de Lyon pour traiter l'affaire. « J'approuve, lui écrivait le Père Roothaan, tout ce que vous réglerez avec le préfet apostolique de Madagascar. » (11 Mai 1844.) Et quelques jours après: « Celte lettre vous sera remise par le vénérable M. Dalmont. 11 mérite bien que vous lui choisissiez avec soin les missionnaires que vous lui donnerez. Vous pourrez, si vous avez assez de monde, former simultanément un établissement à Bourbon et un autre à Madagascar ». (17 Mai.) Huit jours plus tard le Provincial rend compte de l'entrevue : « J'ai vu à Lyon le préfet apostolique de Madagarscar, et il est à peu près entendu avec lui que nous lui donnerions d'abord trois

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