‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 170 sur 362 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

route, dut s'arrêter devant cette interdiction et attendre qu'elle fût levée par ordre exprès de Pie IX. Dans sa correspondance le Père Général ne cessait d'exhorter les missionnaires, et spécialement leur Supérieur, à la soumission et à la patience ; mais enfin, si l'on en juge par une lettre du Provincial de Paris, le Père Rubillon, la situation n'était pas loin de paraître intolérable : « Il me tarde, écrit-il, d'avoir une solution pour la Chine et de savoir si nous pourrons y être nous-mêmes, ou si nous y resterons presque à l'état de prêtres séculiers, ou si nous quitterons cette belle Mission. Ce dernier parti ne serait-il pas préférable au second qui paralyse nos ministères et aussi la pratique de notre perfection religieuse ? » (8 Mars 1848.)

Cependant Mgr de Bési, après avoir posé solennellement la première pierre de la cathédrale de Chang-Hai, était parti pour Rome. (21 Novembre 1847.) Les difficultés de l'administration, le mauvais vouloir des chrétiens que ses réformes avaient soulevés contre lui, avaient lassé son courage. Il ne devait pas revenir en Chine. Il laissait ses pouvoirs à son coadjuteur, Mgr Maresca. En même temps le Père Gotteland recevait un successeur en la personne du Père Augustin Poissemeux. Le nouveau prélat était d'humeur douce et accommodante. Prévenu d'abord contre les Jésuites, il ne tarda pas à leur accorder pleine confiance, tout en constatant ce que la situation du vicaire apostolique à leur égard avait d'anormal: « Je remercie le Seigneur, lui écrivait le Père Pioothaan, du témoignage, pour moi si précieux, que Votre Grandeur rend au zèle et aux travaux de mes Pères qui se dépensent dans la Mission pour le bien des âmes. Je remercie aussi vivement Votre Grandeur de m'avoir dit clairement ce qu'Elle regarde comme le grand obstacle à l'union si nécessaire, qu'Elle désire si justement. Oh! si Mgr de Bési avait agi ainsi et ne m'avait pas laissé ignorer les causes de ses déplaisirs, jusqu'au jour où il a quitté la Mission, que de misères auraient pu être évitées !.. Je

me réjouis grandement, Monseigneur, que vous aussi vous reconnaissiez dans les Pères français d'excellents et fervents ouvriers et que vous les désiriez. Il est très vrai que, pour le zèle et l'esprit de sacrifice, ils se distinguent généralement entre toutes les nations. Qu'ils puissent parfois avoir besoin de l'avis Festina Icnte^ surtout en Chine, je le crois, moi aussi. C'est d'ailleurs une qualité très estimable qui a besoin, comme toutes les vertus, d'être modérée par la discrétion, » (15 Mars 1849.) Après l'affront fait aux missionnaires français sous le régime précédent, cette mise au point valait d'être citée.

Pendant les six ans que dura l'administration de Mgr Maresca, vingt-deux Jésuites arrivèrent au Kiang- Nan, sept y moururent, sept autres durent rentrer en Europe. Pas un instant la bonne harmonie ne fut troublée entre l'évêque et ses auxiliaires. Malheureusement il n'en allait pas de même avec le coadjuteur franciscain, Mgr Spel;ta. Quoi qu'il en soit, Mgr Maresca était le premier à souhaiter pour la Mission un changement de régime. En 1854, succombant sous le poids de l'âge et des infirmités, il demandait à se retirer en Italie dans une maison de la Compagnie de Jésus. D'après une lettre du Père Brouillon, alors Supérieur des Jésuites duKiang-Nan, il aurait même pris la résolution d'entrer au noviciat et de finir ses jours sous la règle de saint Ignace, Son désir ne fut pas exaucé; il mourait l'année suivante à Naples, entre les mains du Père Paladini. (2 Novembre 1855.) Son expérience personnelle lui avait fait toucher du doigt les inconvénients d'un système qui soumettait à deux autorités différentes la personne et les œuvres des missionnaires. Déjà avant de quitter la Chine, il avait proposé à la Propagande de partager le Kiang-Nan et de donner aux Jésuites un vicaire apostolique choisi parmi eux. Dans sa pensée, ce devait être le Père Gotteland. Près de mourir, il rédigea un long rapport sur la question. Ses conclusions étaient les mêmes, sauf que Mgr Spelta devait être envoyé dans un district confié à son Ordre et

Page 1