CHAPITRE V
Bureaux arabes ne mettent aucune opposition à leurs communications avec les tribus ; 2° que les chefs militaires les voient de bon œil et les favorisent; 3° qu'ils aient de la bienveillance du Gouvernement une maison à Constantine, ou non loin de là, où ils puissent se réunir, se concerter, revenir prendre de temps en temps un repos nécessaire... Les traitements et autres dépenses de la Mission proprement dite seraient à la charge de la Propagation de la Foi.
«J'ai trouvé ces conditions tout à fait raisonnables... J'espère que vous voudrez prendre en considération une demande dont la réalisation importe si vivement à la gloire de Dieu, à la civilisation, à la consolidation de notre conquête et à l'honneur de la France. » (23 Septembre 1850.)
La démarche de Mgr Pavy était assurément franche et loyale; se flattait-il d'obtenir l'assentiment du ministre ? C'est peu probable. Quoi qu'il en soit, le général d'Haulpoul transmit la lettre épiscopale au Gouverneur de l'Algérie, général Charron, lequel l'envoya aux commandants militaires avec ordre de donner leur avis. D'après les résultats obtenus jusqu'ici par nos pasteurs, disait la circulaire, « nous pourrons conclure la marche progressive à assigner à la Mission courageuse que Mgr l'évêque d'x\lger songe à entreprendre au milieu des Arabes ». C'était déjà insinuer aux officiers le sens de la réponse qu'on attendait; étant donnés les préjugés régnants, elle ne pouvait être que défavorable ; elle le fut unanimement. Si nous en croyons le biographe de Mgr Pavy, on négligea systématiquement de lui répondre. Ce silence en disait assez; l'évêque n'insista pas; il ne retrancha pas du programme de sa charge la Mission auprès des indigènes, mais il fallut renoncera lui donner l'ampleur et le caractère semi-officiel qu'il avait esquissé dans sa lettre au ministre. Les Jésuites de leur côté poursuivirent leur apostolat, qui parvint même avec le temps à prendre en Kabylie les allures d'une Mission proprement dite.
De toutes les œuvres des Jésuites en Algérie pendant la période qui nous occupe la plus en vue est assurément celle des orphelinats de Ben-Aknoun et de BoufFarik. Le premier seul existait depuis trois ans à peine quand Mgr Dupuch en parlait ainsi dans son rapport au Gouverneur général: « A considérer avec soin le matériel et le personnel de cet admirable établissement, la sagesse de ses règlements, les premiers résultats, j'oserais dire que bien peu d'établissements de ce genre en Europe lui pourront être comparés avant longtemps. »
Cette fondation était due, comme tant d'autres, à l'inépuisable charité de l'évéque; il avait recueilli quelques enfants abandonnés, les avait installés chez lui d'abord, puis à Mustapha, dans l'ancien consulat de Danemark. Une maîtrise, embryon du futur Petit Séminaire, y trouva place avec eux, et dès les premiers jours de l'année 1843, la direction passait aux mains des Jésuites. Une lettre datée du 5 février annonce que la maison des clercs est ouverte, à l'abri de l'orphelinat qui lui servira de manteau ; « Toutes les autorités, depuis l'évéque et le Gouverneur général jusqu'à l'intendant et au président de la Cour, ont couvert de leur approbation et de leurs dons la souscription lancée par le Père Brumauld. Plusieurs de ces Messieurs savent pourtant que le Père Brumauld est Jésuite; néanmoins ils laissent aller, et nous marchons. » Le nom du Père Brumauld, que nous avons déjà rencontré plusieurs fois, est intimement uni à l'Histoire des orphelinats de la Compagnie de Jésus en Algérie, et par là même, on peut le dire, à celle de l'établissement et de l'organisation de notre grande colonie africaine. Ame intrépide, cœur dévoué, tempérament actif, entreprenant, hardi, Ferdinand Brumauld passait parmi ses confrères pour un religieux quelque peu impatient des disciplines communes et incapable de s'en tenir aux chemins battus.