‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 189 sur 362 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cependant à travers toutes les difficultés et tous les obstacles l'œuvre grandissait et son renom s'étendait bien au delà des limites de la colonie. La petite famille était devenue une tribu trop populeuse pour le local qu'elle occupait. En 1850 Ben-Aknoun comptait 270 orphelins, avec un personnel de six Pères et d'une trentaine de Frères coadjuteurs. A ce moment le général d'Hautpoul était nommé Gouverneur général de l'Algérie. Dès sa première visite à l'orphelinat, il témoigna d'un parfait contentement pour tout ce qu'il y voyait, et apprenant du Père Brumauld qu'on cherchait un emplacement pour une succursale, il déclara qu'il prenait l'aftaire à sa charge. Avant la fin de l'année, en effet, il faisait voter par le Conseil du Gouvernement la cession au directeur de l'orphelinat d'un vaste terrain, dit camp d'Erlon, à Bouflfarik, éloigné de Ben-Aknoun de sept à huit kilomètres : « En France, disait le général, nous avons transformé assez de couvents en casernes; en Algérie nous pouvons bien donner une caserne pour en faire un couvent. » Dès l'année suivante un détachement venu de Ben-Aknoun s'installa dans les bâtiments militaires du camp d'Erlon. Dès lors il y eut deux établissements sous la direction unique du Père Brumauld. 11 avait alors en tête des desseins grandioses. 11 aurait voulu attirer en Algérie les enfants confiés en France à l'Assistance publique; leur éducation y coûterait moins cher et le problème de la colonisation serait ainsi résolu. Il était prêt pour sa part à en accepter un millier. Il rédigea sur ce thème d'amples rapports qu'il alla présenter et soutenir à Paris devant les autorités compétentes. 11 en ramena un premier lot de 200 enfants qui lui furent remis par la commission des hôpitaux de la capitale. L'idée était certes originale et hardie; la suite montra qu'elle n'était point déraisonnable. Mais la réalisation se heurta à des oppositions irréductibles. Après avoir réuni dans ses deux maisons pendant quelques années environ cinq cents pupilles, l'œuvre cessa de se recruter normalement.

et elle s'achemina vers une liquidation nécessaire. En 1872 s'achevait la période fixée par les contrats; ils ne furent pas renouvelés.

Les orphelinats de la Compagnie de Jésus en Algérie ont été diversement jugés. Ils ont eu leur heure de vogue ; le Père Brumauld, ou mieux l'abbé Brumauld fut un personnage considérable, dont le nom était dans toutes les bouches. D'autre part ses établissements n'ont pas eu pour la colonisation de l'Algérie les résultats qu'on s'en était promis; on en conclut que l'entreprise même des orphelinats a abouti à un échec, et on a fait grief aux Jésuites d'avoir dépensé leurs forces et leur dévouement dans une œuvre pour laquelle ils n'étaient point faits. Pour dire toute la vérité, nous devons reconnaître que cette manière de voir trouvait des partisans jusque parmi eux. Le Père Jordan, devenu après son Provincialat, Supérieur de la Mission d'Algérie, fit son possible pour que la Compagnie se retirât de Ben- Aknoun, qu'il aurait voulu passer à quelque Congrégation religieuse de Frères. Peut-être eût-elle mieux réussi que les Jésuites à diriger une exploitation agricole et une école d'apprentissage. Ce point accordé, la Compagnie de Jésus n'a point à regretter de s'être vouée, dans les orphelinats algériens, à l'éducation des enfants abandonnés et beaucoup moins à en rougir. Elle y a reçu plus de deux mille pauvres orphelins qui eussent été la proie de la misère et du vice et dont elle a fait presque toujours d'honnêtes gens, cultivateurs, hommes de métier, soldats, religieux même. Elle n'a pas réalisé des rêves chimériques, mais elle a réussi dans la mesure où il était possible de réussir avec les éléments dont elle disposait et les contradictions qui ne lui ont pas manqué. Elle a réussi surtout, elle peut le dire sans trop d'orgueil, mieux que d'autres qui se sont essayés à la même tâche.

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