‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 198 sur 362 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

par Odilon Barrot, dans lequel le comle de Falloux recevait le portefeuille de l'Instruction publique, (20 Décembre 1848.) A peine installé le jeune ministre mettait la main à la grande œuvre à laquelle son nom devait rester attaché. Au projet Carnot, « tout pénétré de l'esprit jacobin », il substitua le sien propre, sur lequel il espérait faire l'accord entre les partis adverses. Le 4 janvier 1849 paraissaient au Moniteur des arrêtés instituant deux commissions extraparlementaires, l'une pour l'enseignement primaire, l'autre pour l'enseignement secondaire ; leur premier acte fut d'ailleurs de se réunir en une seule. Sur les vingt-quatre membres dont elle se composait, dix au moins étaient favorables aux revendications des catholiques^ On remarqua pourtant l'absence des deux hommes qui, avec Montalembert, s'étaient placés au premier rang parmi les champions de la liberté, Mgr Parisis et Louis Veuillot; le ministre les estima trop intransigeants pour collaborer à une oeuvre de transaction ; tel devait être en effet le caractère delà loi sar la liberté, laquelle ne pouvait donc aboutir que moyennant des concessions réciproques. Dans le parti opposé figuraient les personnages que l'Université avait toujours comptés comme ses partisans les plus résolus, Thiers et Cousin, et à côté d'eux Saint-Marc Girardin, le pasteur Guvier, le directeur de l'Ecole Normale Dubois, Janvier, etc.

Le passé de M. Thiers ne semblait pas le recommander au choix d'un ministre animé d'intentions conciliantes ; mais M. Thiers n'était plus l'homme de 1845, fanatiquement dévoué au monopole. Les événements avaient opéré une métamorphose dans ses idées. C'était « un converti de la peur ». Pour être dur, le mot n'en est pas moins juste. La crainte du populaire déchaîné avait fait ce miracle. Lui-même écrivait quelques mois auparavant :

1. Les commissaires favorables aux revendications catholiques étaient Montalembert, Dupanloup, Armand de Melun, Laurentic, Augustin Gochin, Henri de Riancey, Roux-Lavergne, l'abbé Sibour, de Corcelles, Fresneau.

« Quant à la liberté d'enseignement, je suis changé. Je le suis, non par une révolution dans mes convictions, mais par une révolution dans l'état social... Je répète que l'enseignement du clergé, que je n'aimais point pour beaucoup de raisons, me semble meilleur que celui qui nous est préparé. L'Université, tombant aux mains des phalanstériens, prétend enseigner à nos enfants un peu de mathématiques, de physique, de sciences naturelles et beaucoup de démagogie. Je ne vois de salut, s'il y en a, que dans la liberté d'enseignement. Je ne porte ma haine et ma chaleur de résistance que là où est aujourd'hui l'ennemi. Cet ennemi, c'est la démagogie, et je ne lui livrerai pas le dernier débris de l'ordre social, c'est-à-dire l'établissement catholique^ » Au surplus la conversion était si notoire que M. de Falloux, hésitant à se charger de l'Instruction publique, était allé trouver Thiers : « J'accepte le ministère, lui dit-il, si vous me promettez de préparer, de soutenir et de voter avec moi une loi de liberté sur l'enseignement. — Je vous le promets, je vous le promets, répondit Thiers avec effusion, et croyez-le bien, ce n'est pas un engagement qui me coûte^. »

Nommé président de la commission extraparlementaire, puis de la commission parlementaire, M. Thiers eut en effet dans l'élaboration, puis dans l'adoption de la loi de 1850, un rôle de tout premier plan : « 11 faut, écrivait plus tard Mgr Dupanloup, que je rende un nouvel hommage à qui il est dû, je veux parler de celui qui présida ces longs débats, de M. Thiers. S'il nous fut donné de voir enfin la liberté prévaloir, ce ne fut pas seulement parce que la justice et la raison combattirent pour nous; c'est que aussi parmi les amis mêmes de M. Cousin, je trouvai un auxiliaire inattendu, dont l'esprit admirablement clairvoyant sut discerner le principe supérieur d'ordre religieux et social qui planait sur ces discussions, et dont la parole

1. Lettre du a mai i8/|8 à Madier de Montjau, publiée dans nombre de journaux et spécialement dans L'Ami de la Religion, iSjuin i848. a. Mémoires d'un royaliste. T. I, p. 898.

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