‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 2 sur 362 · CHAPITRE PREMIER à · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER à

songère du Moniteur^ présentée comme le résultat de la négociation, créa d'abord une situation fausse ; toutes les difficultés, tous les malentendus, toutes les explications irritantes auxquelles donna lieu l'exécution, furent la conséquence de cette manœuvre initiale, ([ui avait peut-être une valeur politique, mais d'où l'honnêteté vulgaire est absente.

Nous avons dit l'émotion des catholiques quand ils lurent au Moniteur du G juillet le texte officiel. Mais ce fut pour les Jésuites, on le conçoit, que la nouvelle dut être plus accablante et le coup plus douloureux. Déjà les lettres du Père Général les avaient péniblement affectés; on s'était préparé à la résistance et on se sentait humilié à l'idée d'acheter la paix par des concessions ; on ne pouvait d'ailleurs se dissimuler le mécontentement et les récriminations qu'elles allaient infailliblement soulever. Plusieurs, on l'a vu, s'exprimaient à ce sujet dans leurs correspondances avec beaucoup de vivacité. Quelques autres, il est vrai, envisageant sans doute la situation avec plus de sang-froid, ne répugnaient pas à une attitude moins intransigeante : « Plus je réfléchis et m'éclaire, écrivait le Père Guidée, plus je demeure persuadé des inconvénients d'une résistance désespérée. Nous y exposerions le présent et l'avenir. Nous mettrions le Gouvernement dans la nécessité de demander une loi aux Chambres l'année prochaine. lien a déjà été question. S'il la demande, il l'obtiendra, et alors... Si au contraire par une concession ménagée à propos nous pouvons sauver les noviciats...,

de très près aux événements qui se rattachent à la mission Rossi, et il avait lui-même présidé dans la Province à l'exécution des mesures consenties à Rome. M. Guizot osait dire que les Jésuites avaient usé de manœuvres louches pour se soustraire aux engagements pris en leur nom par le Saint-Siège. L'Assistant de France crut devoir prolester contre une imputation déshonorante pour lui-même et pour sa famille religieuse. Il exposa les faits dans une Note dont la précision ne laisse rien à désirer. L'article des Études religieuses, du P. Charles Daniel, en réponse à M. Guizot, ayant été publié en brochure, la Note du P. Rubillon y fut insérée en appendice. Ou la trouvera aux Pièces iustifîcatives, n" I.

nous gagnons du temps, et c'est tout dans les circonstances. » (3 Juillet.)

Mais il faut avouer que cette opinion du grave Supérieur de la rue des Postes n'était pas celle qui avait prévalu dans l'esprit des deux Provinciaux et de leurs Conseils. Le jour même où le Père Guidée écrivait sa lettre au Général, le Père Rubillon, Provincial de Paris, s'était mis en route pour aller lui exposer de vive voix ses vues et celles de son collègue de Lyon, le Père Maillard. Selon eux la situation était mal connue à Rome; autrement on n'eût point songé à des concessions qu'ils estimaient déplorables. Tel était l'objet d'un assez long Mémoire rédigé par le Père de Ravignan et destiné à passer sous les yeux du Père Roothaan et de ses Assistants. On y démoiilrait que, « pour l'hoaneur du Saint-Siège, pour l'honneur de la Compagnie, pour la défense des droits et delà liberté de l'Eglise », le seul parti à prendre était celui d'une « résistance calme, digne et légale, sur le terrain des droits constitutionnels ». On ne doit pas se laisser intimider par la perspective des rigueurs administratives. Car « des esprits éminents pensent que la victoire du Pouvoir, les discussions et les peines judiciaires seraient la cause d'une heureuse réaction en notre faveur ». Aux avantages qu'on se promet d'une attitude conciliante le Mémoire répond assez durement : « On dit : En cédant pour quelques maisons, en se dispersant dans telle ou telle ville, on calmera l'irritation, on donnera au Gouvernement un moyen de sortir d'affaire, on satisfera l'opinion. Je nie tout cela avec la plus inébranlable conviction; des demi-mesures ne calmeront rien; l'opposition sera toujours furieuse; ce sera sans cesse à recommencer, sans cesse à céder de nouveau. Au sentiment de tous, la position est déjà insupportable, telle que les hésitations des Pilâtes du jour nous la font. »

Quand les Jésuites français s'apprêtaient ainsi à en appeler de leur Général mal informé à leur Général mieux informé, ils ignoraient dans quelles conditions il avait

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