Lettre auR. P. Général. Dôle i8 septembre
un ministre laïque du pouvoir sur l'enseignement religieux ; il est donc anticatholique. De plus il est anticonstitutionnel, car il est contraire : 1° à la liberté des catholiques; 2° à l'égalité; 3° au principe de l'admissibilité de tous les citoyens aux fonctions publiques. Conclusion : « Avec la République démocratique et le suffrage universel, avec un gouvernement quelconque ami du peuple et de l'égalité, il n'y a qu'un régime possible en matière d'enseignement, celui de la liberté pleine et entière : liberté des départements, liberté des communes, liberté des pères de famille, liberté des maîtres, liberté des associations universitaires et autres dans le droit commun et égal pour tous, sans privilège pour personne, liberté pour chacun de se rendre apte et capable comme il l'entend, avec les tribunaux et les lois pour réprimer et punir ce qui, dans l'exercice de cette liberté pour les uns, peut nuire à celle des autres, et le suffrage universel pour juger et couronner tous les mérites. » Après cette tirade vient le mot de la fin : « Il faut choisir : la liberté sincère, ou la plus hypocrite et la plus dissolvante des servitudes. »
Comme on le voit, c'était raisonner dans l'abstrait : principes incontestables, logique rigoureuse. Mais on ne gouverne pas les hommes ni les choses humaines avec des théorèmes de géométrie. D'ailleurs le ton agressif et les personnalités n'ajoutaient rien à la valeur de la démonstration du Père Deschamps. La Lettre à un Représentant avait été envoyée à V Univers^ mais elle n'y parut pas. A ce propos Louis Veuillot écrivait à l'auteur : « Votre Lettre est un pur chef-d'œuvre. Je n'ai rien lu de plus complet et de plus décisif. Tous mes amis pensent comme moi... Vous devez être étonné maintenant de ne l'avoir point vue dans le journal. Je voulais l'y mettre et tout entière; je n'attendais qu'un peu de place, lorsque j'ai reçu une lettre du Père de Ravignan qui me conjurait par les termes les plus forts, au nom de l'amitié et au nom de la Compagnie, de ne point faire cette publication. J'ai dû céder,