CHAPITRE VI
Tensemble de la loi fut adopté finalement par 399 voix contre 237. La majorité était considérable; elle aurait dû l'être davantage ; mais, selon la remarque d'un témoin clairvoyant, « il y a toujours des esprits pusillanimes que le mot de Jésuite fait reculer ».
Tout en exhortant ses amis à donner un vote favorable, Mgr Parisis s'abstint pour son propre compte, lien donna pour raison la crainte de paraître blâmer par son adhésion ceux de ses collègues de l'épiscopat qui s'étaient montrés hostiles à la loi *.
Ce scrupule n'était pas le seul à tenir dans l'angoisse la conscience du grand évéque. Lui-même avait dit un jour du projet de loi : « C'est l'État enseignant placé audessus de l'Eglise enseignante. » Cette prépotence s'affirmait non seulement dans les dispositions particulières de la loi, mais dans l'article même de la Constitution qui, après avoir proclamé la liberté, déclarait soumis à la surveillance de l'État « tous les établissements d'éducation et d'enseignement, sans aucune exception ». Cette « surveillance », qui se concrète dans l'inspection exercée par des fonctionnaires de l'Université, renfermait, en principe, la négation du droit de l'Église sur la direction des Séminaires ; on se rappelle que Grégoire XYI l'avait énergiquement réprouvée dans la formule de soumission exigée de l'épiscopat français par le Gouvernement de Charles X, en 1829 '^. Elle fut expliquée et entendue en des termes acceptables, mais elle n'en resta pas moins comme une porte ouverte à une ingérence abusive et qui pouvait devenir intolérable. Plus tard, l'évéque de Langres donnait de sa conduite, en apparence équivoque, les raisons que voici : « Je voyais distinctement que le rejet
1. Au cours de la discussion parlementaire, Mgr Parisis avait demandé à tous les évêques de France leur avis sur le projet de loi. Sur 67 réponses qui lui parvinrent, lo se prononçaient pour le rejet; 57 l'acceptaient avec des réserves portant pour la plupart sur l'inspection des séminaires.