‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 222 sur 362 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

acharnées. C'est ce que pensèrent, non sans effroi, les Jésuites de Paris. Le 13 septembre 1849, le Père de Ravignan écrivait au Provincial de Lyon une lettre très émue, où il « l'adjure » de réfléchir aux conséquences que pourrait avoir une mesure imprudente : « Quand tout est encore en question, lui dit-il, quand un incident peut tout perdre et compromettre dans un avenir indéfini, est-il bien à nous, est-il sage, est-il convenable pour nos amis et nos défenseurs dévoués, que d'avance nous nous posions en face de l'Université encore armée de toutes ses lois tyranniques' ? »

Le Père Jordan, qui à ce moment venait de céder sa charge au Père Maillard, répond le 18 septembre : « ... Ce que nous prétendons n'aggrave, ni ne complique la situation. A tout ce que l'on peut dire à l'encontre la réponse est facile. Nous avons le regret de ne pas penser en toutcomme vous. Nous savons bien que par des voies différentes vous voulez arriver au môme but. La grâce que je vous demande en finissant, c'est de ne pas vous opposer à nos démarches. Si vous n'êtes pas pour nous, ne soyez pas contre nous... » De Paris on ne fit pas d'autres remontrances, et en Avignon on alla de l'avant. Rendant compte de la situation au Père Général, le Père Ribeaux écrit le 21 octobre : « Je crois, et tous ceux qui connaissent cette affaire croient comme moi que nous ne pouvons plus reculer sans nous compromettre auprès de toute la population avignonnaise.»

Cependant à cette date, la résidence recevait un nouveau Supérieur en la personne du Père Barrelle. L'ancien préfet de Fribourg n'était pas homme à s'aventurer dans 4'incoanu. Tout d'abord il n'accepta la succession, en ce qui regardait le futur collège, que sous bénéfice d'inventaire. Sur plus d'un point elle restait obscure ; les ressources n'étaient point assurées, les dangers point chimériques. Ce qui lui répugnait surtout, c'était l'inspection universitaire. En principe et d'avance fallait-il l'accepter ?

I. Vie du P. de Ravignan, par le P. de Ponlevoy, lo^ édition. Tome II, p. 1^3.

Le Père Barrelle et ses consulteurs tenaient pour la négative. L'archevêque, le comité, le Provincial de Lyon et son Conseil estimaient au contraire qu'on pouvait et devait se soumettre . Cet avis finit par triompher de l'intransigeance des Jésuites d'Avignon. Mais déjà l'établissement précurseur de la liberté de l'enseignement avait pris naissance. Le 2 janvier 1850, l'archevêque Mgr Debelay avait célébré la messe du Saint-Esprit dans l'église de Saint-Didier, en présence du comité des pères de famille et d'une assistance nombreuse qui entourait le groupe des premiers élèves du collège Saint-Joseph. Dans une allocution de circonstance le prélat affirma sa chaude sympathie pour l'œuvre, la prenant sous son patronage, la couvrant de son autorité et se félicitant d'inaugurer la liberté de l'éducation religieuse en France.

Trois jours plus tard les cours s'ouvrirent à Saint-Pierrede-Luxembourg; les professeurs s'y rendaient de la résidence matin et soir. Ce régime se maintint pendant plus d'une année. Ainsi débutait l'enseignement secondaire libre, dont le sort s'agitait en ce moment même à l'Assemblée nationale. Dans la séance du 7 février, M. d'Olivier, représentant du Vaucluse, avait pu dire avec quelque fierté : « Tandis que vous discutez, que vous légiférez.., nous sommes déjà sur la brèche... La Constitution à la main, qui dit que l'enseignement est libre, nous avons ouvert un libre enseignement à Avignon. Nous ne proclamons pasfastueusement que l'enseignement est obligatoirement gratuit à tous les degrés ; mais selon la mesure de nos forces et de nos facultés, nous donnons un enseignement gratuit à tous les degrés. Voilà ce que nous avons fait ; voilà ce que la religion est capable de faire. Ce qu'elle a fait à Avignon, je vous dis qu'elle le fera demain par toute la France, si vous ne mettez pas des entraves à son zèle. C'est ainsi qu'elle sait répondre à l'appel de la patrie ^ »

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